CONNECTUS Consulting Inc.



La présence, représentation et intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision


Étude effectuée pour le compte de
l’Association canadienne des radiodiffuseurs

Août 2005



Remerciements

CONNECTUS Consulting Inc. souhaite remercier tous ceux qui ont participé à cette étude, intervenants du milieu des handicapés et de l’industrie de la radiodiffusion et autres organismes qui ont généreusement donné de leur temps à cette étude.

Jim Sanders, président et chef de la direction de l’Institut national canadien pour les aveugles et conseiller spécial pour cette étude, a contribué de manière significative à son orientation. Nous le remercions vivement de son précieux apport.

Nous tenons aussi à remercier les membres du Comité directeur de l’Association canadienne des radiodiffuseurs sur la présence et la participation des personnes handicapées, en particulier la présidente Sarah Crawford (vice-présidente, Affaires publiques, CHUM limitée), pour l’aide et le soutien qu’ils nous ont accordés tout au long de l’étude.

Le Comité de prise de contact de l’ACR touchant les questions se rapportant à la présence, à la représentation et au rôle des personnes handicapées dans les émissions de télévision canadiennes a fait, lui aussi, d’importants commentaires sur l’étude et le rapport final, et nous remercions beaucoup ses membres pour l’effort et l’attention qu’ils ont apportés à ce travail.

Nous nous devons enfin de remercier tout particulièrement Susan Wheeler, directrice principale, Politiques et affaires réglementaires à l’ACR. À titre de directrice de projet pour l’ACR, Susan a réussi à piloter et encadrer de manière remarquable toutes les facettes de cette étude.


Richard Cavanagh
Lil Krstic
Nancy Steele

Août 2005




Table of Contents



Sommaire

Ce rapport présente les résultats d’une recherche exécutée en trois parties pour le compte de l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) entre le 15 mai et le 18 août 2005, et dont le but était de recueillir et d’analyser des données qualitatives sur les situations, les obstacles et les mesures à prendre en matière de présence, de représentation et d’intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision.

L’étude a suivi les méthodologies suivantes :

  1. Des consultations approfondies, qui ont consisté à interroger en face à face des représentants d’organisations de personnes handicapées non gouvernementales (ONG de personnes handicapées), des personnes handicapées issues du secteur de la radiodiffusion, des représentants du gouvernement, des dirigeants de l’industrie de la radiodiffusion et des représentants du secteur de la production canadienne. Au total, 56 personnes représentant 45 organismes de l’ensemble du Canada ont été interviewées entre le 31 mai et le 31 juillet 2005.

  2. Un Forum des parties intéressées, qui a réuni le 15 juillet 2005 à Toronto une vingtaine d’ONG de personnes handicapées, de radiodiffuseurs, d’artistes et de producteurs pour participer à une discussion dirigée concernant les situations et les obstacles, de même que les mesures proposées pour y remédier.

    En complément, 16 observateurs du gouvernement et de l’industrie de la radiodiffusion ont assisté à l’événement. Parmi eux, des membres du Comité directeur qui pilotait la recherche, des membres du Comité de prise de contact de l’ACR touchant les questions des personnes handicapées qui a servi de groupe de consultation pour cette étude, et deux représentants du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.

  3. Concernant les Pratiques exemplaires, l’analyse et la recherche ont porté sur les initiatives de l’industrie de la radiodiffusion au Royaume-Uni et aux États-Unis et celles des industries connexes au Canada.

L’étude était pilotée par le Comité directeur de l’ACR sur la présence et la participation des personnes handicapées, et par le Comité de prise de contact de l’ACR. Le Comité directeur était constitué de représentants des diffuseurs privés de télévision générale, payante et spécialisée de langue anglaise et de langue française, alors que le Comité de prise de contact rassemblait uniquement des personnes handicapées, dont plusieurs avec une expérience en radiodiffusion.

L’étude visait à faire rapport sur les situations, les obstacles et les mesures éventuelles d’intervention en matière de présence, de représentation et d’intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision. Les questions concernant les techniques de télédiffusion assistée (tels le sous-titrage codé pour malentendants et la vidéodescription), la radio, la publicité et la radiodiffusion publique n’ont donc pas été abordées dans cette étude.

Résultats saillants

  1. Tous les participants s’accordent pour dire que la présence à l’écran des personnes handicapées est très faible. Attitudes sociales négatives, résistance de la part du secteur de la production indépendante et manque de directives de la part du secteur éducatif sont vus comme les principaux obstacles.

  2. La représentation négative ou stéréotypée des personnes handicapées se poursuit, autant dans les dramatiques que dans les émissions de nouvelles. Compte tenu de leur faible présence à l’écran, il est d’autant plus important que les personnes handicapées soient représentées de manière juste, fidèle et complète. Attitudes sociales négatives, manque de consultation et de recherche dans le secteur de la production indépendante sont vus comme les principaux obstacles.

  3. La représentation dans les émissions de nouvelles est considérée comme un problème plus important que la représentation dans les dramatiques, et elle est attribuée en partie à la façon blessante ou inappropriée de parler des personnes handicapées lors des reportages.

  4. La faible intégration des personnes handicapées dans l’industrie de la radiodiffusion, tant à l’écran qu’en coulisses, est attribuée à un ensemble de facteurs, notamment au fait que le système d’éducation n’encourage pas les carrières en radiodiffusion.

  5. On est généralement d’avis que la présence accrue de personnes handicapées dans des émissions de télévision ouvrira de nouvelles possibilités aux radiodiffuseurs, comme celles d’augmenter leurs auditoires, de se doter d’un avantage concurrentiel et de faire profiter des aménagements tous leurs employés.

  6. Les participants s’entendent pour dire qu’il faut d’abord bâtir la communication et les contacts entre les radiodiffuseurs et la communauté des handicapés avant de penser proposer aux radiodiffuseurs des mesures d’intervention.

Les personnes handicapées au Canada

Le recensement national de 2001 révèle que 3,6 millions de Canadiens ont une incapacité, mais on suppose généralement que le nombre est plus élevé, car les personnes handicapées ne s’identifient pas toujours comme telles auprès du recenseur. En outre 2,8 millions de Canadiens agissent comme aidants auprès d’un parent ou d’un ami qui a une incapacité ou une maladie chronique.

Les personnes handicapées ont des indicateurs de bien-être inférieurs à ceux de l’ensemble de la population. Par exemple, à peine plus de 51 pour 100 des personnes handicapées occupent un emploi, à comparer à 83 pour 100 pour les personnes non handicapées. Les personnes handicapées sont en outre beaucoup plus souvent sous-employées, parce qu’on minimise leurs compétences et leurs capacités. Néanmoins, là où l’on a prévu des aménagements, les personnes handicapées réussissent fort bien, tant dans leurs études que dans leur milieu professionnel.

Principaux obstacles à la participation et à l’activité

Des recherches antérieures ont démontré, tout comme les résultats de la présente étude, que les personnes handicapées se heurtent à de sérieux obstacles dans tout ce qu’elles entreprennent, qu’il s’agisse d’études, de travail, de loisirs ou de passe-temps. Parmi ces obstacles, on cite :

La présence des personnes handicapées dans les émissions de télévision

Les participants à l’étude s’accordent pour dire que les personnes handicapées sont très peu présentes dans toutes les catégories d’émissions télévisées. On a fortement l’impression qu’en ce qui a trait à leur présence à l’écran, les personnes handicapées sont loin derrière les autres groupes désignés (femmes, minorités visibles et Autochtones) et qu’elles sont sous-représentées à la télévision par rapport à leur pourcentage de la population.

D’après un certain nombre de personnes handicapées, cette présence s’est légèrement améliorée grâce à quelques personnages majeurs ou secondaires qu’on a pu voir récemment dans des dramatiques aux heures de grande écoute.

Ensuite, beaucoup font remarquer que la présence à l’écran semble se limiter à des incapacités visibles, tandis que les incapacités invisibles comme les difficultés d’apprentissage ou les troubles psychiques sont rarement représentées dans ces émissions.

Parmi les obstacles à la présence à l’écran des personnes handicapées, on cite les attitudes sociales, le faible nombre de comédiens handicapés, et des facteurs propres au travail en radiodiffusion et en production, comme les longues journées de travail qui exigent beaucoup d’énergie, l’accès compliqué aux studios de tournage, les problèmes d’espace et d’éclairage sur les plateaux.

On note deux obstacles majeurs à la présence à l’écran des personnes handicapées : le premier est lié aux caractéristiques du secteur de la production indépendante, le second à l’absence d’intérêt ou d’ouverture de la part du secteur de l’éducation pour tout ce qui relève de la radiodiffusion ou du monde du spectacle.

Le secteur de la production indépendante joue un rôle déterminant dans l’infrastructure de la programmation canadienne où les entreprises de production sont d’importants partenaires des radiodiffuseurs pour qui elles conçoivent et réalisent des émissions. Les membres de l’équipe de création, qu’il s’agisse d’auteurs, de responsables de la distribution ou de producteurs, sont responsables des rôles dramatiques et ce sont eux qui prennent la décision de donner leur chance aux personnes handicapées.

La perception générale des personnes interrogées, c’est que le secteur de la production indépendante résiste à créer et à produire des émissions dans lesquelles figurent des personnes handicapées.

On accuse également le secteur éducatif de ne pas encourager les élèves handicapés à se lancer dans une carrière en radiodiffusion ou en production et donc de faire obstacle à leur future présence à l’écran.

Représentation des personnes handicapées dans les dramatiques

La façon dont les personnes handicapées sont représentées à la télévision – que ce soit dans les dramatiques ou les émissions de nouvelles – est au sommet des préoccupations de beaucoup de gens dans le milieu des handicapés.

Selon elles, le problème – toujours le même – consiste à stéréotyper les personnes handicapées de telle sorte que l’histoire et le personnage renforcent les mythes de faiblesse, de vulnérabilité et de victimisation. Quant à la façon de représenter des incapacités moins visibles, comme les troubles psychiques, on la juge inexacte et alarmiste.

Il s’en trouve plusieurs dans le milieu des personnes handicapées pour réclamer avec insistance la réappropriation des rôles, autant pour s’assurer que la représentation est fidèle que pour offrir des possibilités d’emploi aux comédiens handicapés au lieu de confier ces rôles à des personnes non handicapées. Mais les opinions sont partagées à cet égard, tous les membres du milieu n’étant pas d’avis que l’acteur chargé de représenter un personnage handicapé doive nécessairement être lui-même une personne handicapée.

Comme pour la présence à l’écran, on note une certaine amélioration de la représentation dans les dramatiques plus récentes, qui réussissent à souligner chez un personnage handicapé d’autres attributs que ceux qui découlent de son incapacité. Dans l’ensemble, on estime que l’amélioration est en cours et on considère que la représentation positive est d’autant plus importante qu’on voit peu de personnes handicapées à l’écran.

On note deux grands points de vue sur les causes de la représentation inexacte ou stéréotypée. Tout d’abord, beaucoup font remarquer que les attitudes du public influencent le monde de la radiodiffusion et de la production qui, à son tour, transmet par les émissions, les mythes et les fausses informations sur l’incapacité.

En second lieu, on dénonce le fait que le secteur de la production ne fait pas suffisamment de recherche et de consultation pour être en mesure de créer et représenter avec vraisemblance un personnage handicapé. Les auteurs de la télévision sont désignés comme le groupe ayant le plus intérêt à se renseigner davantage sur les personnes handicapées avant de mettre en scène des personnages handicapés ou d’aborder le thème de l’incapacité dans leurs récits.

Représentation des personnes handicapées dans les émissions de nouvelles

Il y a une inquiétude marquée au sujet de la représentation des personnes handicapées dans les émissions d’information et de nouvelles. On déplore surtout : a) la rareté des reportages sur des questions d’incapacité; b) les reportages qui s’intéressent moins à la personne qu’à son incapacité; et c) l’utilisation d’un vocabulaire inapproprié.

De ces trois thèmes, celui qui revient le plus souvent concerne l’utilisation d’un vocabulaire inapproprié ou blessant. Nombreuses sont les allusions à des clichés comme « souffrant de » ou « rivé à son fauteuil roulant » qui, de l’avis des participants, alimentent les stéréotypes négatifs et perpétuent les mythes entourant les personnes handicapées.

Dans les émissions de nouvelles comme dans les dramatiques, les attitudes sociales négatives sont invoquées comme un obstacle majeur à une représentation positive ou plus fidèle. Les participants sont nombreux à dire qu’il faut davantage de personnes handicapées parmi les personnalités à l’écran et les membres de la salle des nouvelles, pour servir de modèles et influencer les attitudes au travail et dans la société en général.

Encore une fois, on déplore le fait que le secteur éducatif n’oriente pas les étudiants handicapés vers des carrières en journalisme de radiotélévision.

Intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision

La recherche a commencé par explorer les obstacles à l’intégration dans la population active en général. Ceux-ci sont identifiés comme étant : a) une méconnaissance de la part des employeurs de ce que représentent les aménagements sur les lieux de travail; b) une surestimation de leur part des coûts de ces aménagements; c) le sentiment qu’un employé handicapé est un fardeau plutôt qu’un atout; et d) les mythes et les fausses informations qui règnent sur les lieux de travail, comme croire que les personnes handicapées sont incapables d’un rendement égal à la moyenne.

Plusieurs représentants du milieu de la radiodiffusion affirment que leur industrie offre d’excellentes chances d’emploi aux personnes handicapées, tout en reconnaissant qu’il faut s’occuper des problèmes et des obstacles. Par exemple, des radiodiffuseurs rapportent qu’à moins d’avoir fait l’expérience de travailler avec des collaborateurs handicapés, on hésite parfois à embaucher une personne handicapée dans un environnement de travail d’activité intense.

Certains évoquent les conditions de travail particulières en radiodiffusion, dont des immeubles souvent vétustes où les aménagements sont difficiles. Le fait que la radiodiffusion et la production amènent souvent à travailler sur plusieurs plateaux pose une difficulté accrue pour les employés handicapés, compte tenu de la rareté du transport adapté dans la plupart des centres urbains.

Dans l’industrie de la radiodiffusion comme dans le milieu des handicapés, le secteur de la production indépendante est perçu comme peu enclin à faire les aménagements nécessaires aux personnes handicapées.

Le secteur de l’éducation est cité comme un obstacle externe majeur à l’intégration, dans la mesure où il ne semble pas reconnaître, apprécier ou valoriser une carrière en radiodiffusion pour les étudiants handicapés. Le manque de communication et de contacts entre les éducateurs, le milieu des handicapés et celui de la radiodiffusion est souvent évoqué comme un domaine sur lequel il faudrait concentrer les efforts.

Mesures d’intervention proposées aux radiodiffuseurs

La plupart des participants admettent généralement que l’arrivée des personnes handicapées dans les émissions de télévision ouvre de nouvelles possibilités aux radiodiffuseurs, notamment : a) le marché des personnes handicapées et de leurs familles, amis et aidants; b) une compétitivité accrue grâce à des sources de créativité élargies et un réseau diversifié de comédiens; et c) des aménagements pouvant bénéficier à tous les employés.

Compte tenu du principe que « la diversité est une bonne affaire » et que les progrès en matière de présence, de représentation et d’intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision devraient influencer positivement les attitudes de la société, les participants à l’étude suggèrent un certain nombre de mesures d’intervention et de démarches aux radiodiffuseurs.

On insiste sur la communication et la prise de contact, particulièrement entre l’industrie de la radiodiffusion et le milieu des handicapés. D’autres suggestions concernent des partenariats avec le secteur de l’éducation, des mesures à prendre dans le secteur de la production indépendante, et des nouveautés en matière de programmation dont des messages d’intérêt public diffusés par les radiodiffuseurs ainsi que des émissions locales comme il s’en fait sur le câble, produites et présentées par des personnes handicapées.

Pratiques exemplaires

Une recherche entourant les pratiques exemplaires en matière de présence, de représentation et d’intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision a permis de prendre connaissance d’un certain nombre de démarches en cours, notamment au Royaume-Uni, par l’intermédiaire du Broadcasting and Creative Industries Disability Network, et aux États-Unis, avec le Media Access Office situé en Californie.

Dans leurs rapports annuels au CRTC, les radiodiffuseurs canadiens font état de leurs propres programmes pour les personnes handicapées et plusieurs d’entre eux ont mis sur pied des projets en matière d’éducation et de ressources humaines qui mettent l’accent sur l’intégration des personnes handicapées.

Première partie : Introduction et historique

A) Introduction

CONNECTUS Consulting Inc. a l’honneur de présenter à l’ACR le rapport d’une étude intitulée La présence, représentation et intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision, dénommée l’étude.

Au cours des derniers mois, avec l’aide et l’appui de l’ACR et de son Comité directeur qui pilote le projet, nous avons effectué une série de consultations et une recherche circonstancielle avec les objectifs suivant

Pour présenter les résultats de façon aussi détaillée que possible, nous avons conçu le rapport selon le plan suivant :

Première partie : Introduction et historique

Partie II : Les personnes handicapées au Canada

Partie III: Résultats de la recherche

Partie IV : Mesures d’intervention proposées aux radiodiffuseurs

Quatre documents sont annexés à cette étude :

Annexe A : Pratiques exemplaires au Canada et ailleurs
Annexe B : Liste des personnes et des organismes consultés
Annexe C : Rapport du Forum des parties intéressées
Annexe D : Autres questions soulevées motivant de futures recherches

B) Description de l’étude et des méthodologies

Cette étude a été conçue comme une enquête qualitative suivie d’une analyse des situations et des obstacles entourant la présence, la représentation et l’intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision. En collaboration avec le Comité directeur de l’ACR, il a été décidé, dès le début, qu’une évaluation quantitative du nombre de personnes handicapées visibles à l’écran, assortie d’une analyse des rôles qui leur sont dévolus, présentait peu d’intérêt pour cette étude étant donné le faible nombre en cause.

On a jugé en outre qu’il serait extrêmement difficile de quantifier avec exactitude le nombre des personnes handicapées visibles à l’écran, parce que l’analyse de la programmation n’engloberait pas nécessairement les personnes dont l’incapacité est moins visible, parfois même invisible, comme pour les personnes qui ont des difficultés d’apprentissage ou dont l’incapacité est due à une maladie.

Cette étude a également été conçue selon le principe de la collégialité, ce qui signifie qu’elle devait prendre essentiellement la direction qui se dégagerait des consultations auprès de la communauté des personnes handicapées. Avec cet objectif en vue, l’étude s’est appuyée sur les méthodologies qualitatives suivantes :

Un résumé des Pratiques exemplaires constitue l’Annexe A de ce rapport.

En plus des mesures qualitatives décrites ci-dessus, nous avons dû faire des recherches ponctuelles, notamment la compilation du plus récent profil statistique des personnes handicapées au Canada.

Certaines questions soulevées en cours de consultation ne faisaient pas partie du mandat de la présente étude. Ces questions concernaient les techniques de soutien comme la vidéodescription et le sous-titrage codé pour malentendants, la publicité, la radio, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) et le radiodiffuseur public. Ces questions sont résumées dans l’Annexe D.

Quelques notes sur l’approche suivie

Compte tenu de son orientation qualitative, cette étude se fonde sur les opinions et les perceptions des personnes interviewées, et sur les points de vue exprimés par les participants au Forum des parties intéressées du 15 juillet 2005. Bien que les études de ce type soient nécessairement subjectives, le nombre et le genre de consultations qui ont eu lieu avec les ONG de personnes handicapées et les radiodiffuseurs ont amplement suffi à dégager une série complète de résultats.

À cela s’ajoute le fait que cette approche qualitative a permis de récolter une base précieuse d’informations sur lesquelles pourront venir s’appuyer d’autres projets semblables.

Définitions

Pour les besoins de l’étude, les définitions suivantes ont été retenues.

Top

Partie II : Les personnes handicapées au Canada

Survol de la population

Statistique Canada définit l’« incapacité » comme un état – physique ou mental – ou un problème de santé qui restreint la capacité d’un individu à accomplir des activités courantes comme travailler, étudier, voyager ou s’acquitter de tâches domestiques.

Bien que les données ci-dessous soient les chiffres officiels de Statistique Canada, on reconnaît généralement que le nombre de personnes qui ont une incapacité est beaucoup plus important dans la société canadienne actuelle. Cela est attribuable en partie au facteur de l’auto-identité, qui fait que l’individu ne se perçoit pas toujours lui-même comme une « personne handicapée ». Parfois aussi, une personne ne veut pas dévoiler son incapacité à son employeur, par crainte des répercussions sur son statut ou son avenir.

Selon l’Enquête sur la participation et les limitations d'activités (EPLA) menée par le gouvernement fédéral en 2001, 3,6 millions de Canadiens sont atteints d’une incapacité. Bien que les personnes âgées de 65 ans et plus affichent le plus haut pourcentage d’incapacité, c’est chez la population d’âge actif (16 à 64 ans) que l’on retrouve le groupe le plus important de personnes ayant une incapacité.


Graphique 1 : Taux d’incapacité selon l’âge et le sexe (2001) 1

Chart 1: Disability Rate by Age and Sex (2001)

(Groupes d’âge et pourcentages)

À cet aperçu général, s’ajoutent d’autres considérations.

Principaux indicateurs de bien-être 2

Les indicateurs de bien-être placent les personnes handicapées bien en deçà de la population générale, en termes d’éducation, d’emploi et de revenu.

Par exemple, un jeune Canadien handicapé a la moitié des chances d’un Canadien non handicapé de réussir ses études universitaires.

À peine plus de 51 pour 100 des personnes handicapées âgées de 25 à 54 ans ont un emploi, alors que le pourcentage est de 83 pour 100 chez les personnes non handicapées. De plus, environ 43 pour 100 des premières sont exclues de la main-d’œuvre, à comparer à 12,5 pour 100 chez les secondes.

En plus du haut taux de chômage, il faut tenir compte du sous-emploi qui est courant chez les personnes handicapées, surtout à cause des attitudes qui poussent à sous-évaluer leurs compétences et leurs capacités 3

Cela dit, là où l’on a prévu les aménagements nécessaires, les personnes handicapées affichent de réels succès aux études et au travail.

Principaux obstacles à l’intégration et à l’activité 4

De plus en plus, les personnes handicapées citent des facteurs sociaux, politiques et environnementaux lorsqu’elles évaluent les obstacles à l’éducation, à l’emploi, au revenu ainsi qu’aux loisirs et passe-temps. Nous avons demandé à tous les participants (handicapés et non handicapés) de communiquer leurs perceptions de ce qui constitue des obstacles majeurs pour les personnes handicapées aujourd’hui au Canada. Les thèmes suivants sont les plus souvent repris.

Comme l’attestent les résultats de recherche qui suivent, les intervenants ont l’impression que beaucoup de ces situations et de ces obstacles qui caractérisent les conditions de vie générales des personnes handicapées au Canada, affectent également la présence, la représentation et l’intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision.

Top

Partie III : Résultats de la recherche sur la présence, la représentation et l’intégration

Les trois sections qui suivent constituent le rapport de recherche sur la présence, la représentation et l’intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision.

Dans chaque section, les résultats de base sont d’abord énoncés, puis illustrés par des phrases extraites des consultations en face à face et du forum des parties intéressées. Les citations sont verbatim et leur auteur est identifié par le type d’organisme auquel il se rattache ou par ses fonctions (représentant d’ONG, radiodiffuseur, membre d’une industrie connexe, employé-comédien, etc.). Parmi les représentants d’ONG et les fonctionnaires, plusieurs avaient une expérience de la radiodiffusion ou du spectacle; ce détail est mentionné s’il s’avère pertinent. Dans tous les cas, on s’est abstenu d’identifier la personne par son nom, l’intention étant d’amener les gens à parler ouvertement.

Les points de vue sur la présence, la représentation et l’intégration sont suivis de la liste des obstacles lorsqu’ils sont perçus comme ayant un lien direct avec la présence, la représentation ou l’intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision, et qu’ils offrent une explication.

Les réponses révèlent qu’il faut compter sur l’engagement et la bonne volonté des radiodiffuseurs et du milieu des handicapés pour arriver à inclure les personnes handicapées dans les émissions de télévision, même si on note déjà d’importants progrès. Les avis relatifs aux situations et aux obstacles ont généralement rallié un consensus parmi les intervenants, qu’ils soient issus du milieu des handicapés ou de l’industrie de la radiodiffusion, partout au Canada.

A) Présence des personnes handicapées dans les émissions de télévision

Nous n’y sommes pas, à la télévision. Nous sommes infiniment sous-représentés. (Représentant d’ONG)

Il n’y a aucun doute que les personnes handicapées sont trop peu présentes à l’écran. (Radiodiffuseur)

Il n’y a même pas vraiment de chiffres à citer. (Employé-comédien)

À peu près sans exception, tous les participants à l’étude, dans les consultations ou à l’occasion du forum, qu’ils soient issus du milieu des handicapés, de l’industrie de la radiodiffusion ou d’une industrie connexe, s’entendent pour dire que les personnes handicapées ont une présence extrêmement faible à la télévision, quel que soit le type d’émission.

Cette perception est renforcée par l’affirmation que les personnes handicapées viennent bien loin derrière les autres groupes désignés (femmes, minorités visibles et Autochtones) en termes de présence à la télévision.

Nous sommes bien loin derrière tous les autres groupes désignés... les femmes, les minorités [ethniques ou raciales], les Autochtones qui ont APTN; ils ont tous beaucoup plus de visibilité que les personnes handicapées… (Représentant d’ONG)

La plupart des stations embauchent des représentants des autres groupes désignés... mais il reste un groupe pour lequel la télévision doit dire : « Une minute ! Pourquoi ceux-là ne sont pas en ondes ? » Alors oui, pourquoi ? (Radiodiffuseur)

Personne ne bronche en voyant un Noir à la télévision.
(Représentant d’ONG)

Ça ne dérangerait personne de voir Ian Hanomansing remplacer Peter Mansbridge. Mais une personne handicapée ? Ça ne passerait pas. (Radiodiffuseur)

Cette dernière observation évoque la perception amplement partagée que les personnes handicapées sont très sous-représentées dans les émissions de nouvelles et d’affaires publiques, dans les rôles de lecteur ou lectrice de nouvelles, de journaliste, de reporteur ou autres.

Les noms de David Onley [Citytv], de Craig Oliver [CTV] et de Patrick Watson [anciennement à CBC] viennent à l’esprit. Mais qui d’autre ? (Radiodiffuseur)
(Ces trois personnes sont citées plusieurs fois.)

Chantal Petitclerc est une personnalité de la télévision bien connue au Québec. (Représentant d’ONG)
(Cette personne est citée plusieurs fois.)

Beaucoup de participants ont l’impression que la très faible présence des personnes handicapées à l’écran est tout à fait disproportionnelle à leur présence dans la population en général, à la différence des trois autres groupes désignés.

Compte tenu que nous formons 15 % de la population... la proportion n’y est pas. Les Jeux paralympiques sont l’unique exception. (Représentant d’ONG)

Même si tout le monde s’accorde pour dire que la présence des personnes handicapées reste faible, certains intervenants du milieu des personnes handicapées ont l’impression que cette présence s’améliore quelque peu et que cela va continuer. On commence en effet à voir des personnages handicapés interpréter des rôles principaux ou secondaires dans des dramatiques populaires.

[La présence] est encore faible, mais j’ai l’impression que les choses s’améliorent… il y a l’amputé des deux jambes dans Les Experts (CSI), et le personnage principal est lui-même en train de perdre son ouïe… (Représentant d’ONG)
(L’émission est citée plusieurs fois par des participants de tous les secteurs.)

Le rôle principal dans Sue Thomas, l’œil du FBI (Sue Thomas F.B. Eye) est une personne sourde. (Représentant d’ONG)
(L’émission est citée plusieurs fois.)

Il y a des séries comme Degrassi et Joan of Arcadia [qui incluent des personnages secondaires handicapés].
(Représentant d’ONG)
(L’émission est citée plusieurs fois.)

On a vu quelques fois Marlee Matlin [comédienne muette] dans À la Maison Blanche (The West Wing), et elle se sert d’un interprète. (Représentant d’ONG) (L’émission est citée plusieurs fois.)

Blind Justice a un personnage principal qui a perdu la vue, c’est une invalidité acquise. (Représentant d’ONG) (L’émission est citée plusieurs fois.)

En second lieu, on note le fait que la présence à l’écran tend à se limiter à des incapacités visibles, avec des personnes en fauteuil roulant par exemple. Des participants font remarquer que les incapacités invisibles – celles qui sont liées à l’apprentissage, par exemple, ou à une maladie mentale – sont encore plus rares dans les émissions de toutes catégories. La plupart des commentaires concernant les incapacités invisibles sont liés à la représentation des personnes handicapées, comme on le verra plus loin.

Enfin, on note que la présence de personnes handicapées parmi les figurants est extrêmement rare dans les dramatiques. Beaucoup de participants voient pourtant dans cette démarche une bonne façon de réduire la marginalisation des personnes handicapées dans la société, où les personnes en fauteuil roulant ou qui se déplacent avec une canne blanche ou un chien-guide font normalement partie du paysage.

Quand il s’agit de diversité culturelle, les gens se plaignent d’être toujours à l’arrière-plan. Les personnes handicapées, elles, veulent être à l’arrière-plan [et à l’avant-plan aussi]. (Représentant d’ONG)

Il est bien rare qu’un journaliste de la télévision nous arrête dans la rue pour nous demander notre opinion. C’est tout comme si on n’en avait pas. (Représentant d’ONG)

Cette remarque rappelle une idée qu’à peu près tout le monde partage : la télévision est un médium puissant capable d’influencer les attitudes sociales, y compris les attitudes à l’égard des personnes handicapées. La télévision est universellement reconnue comme un média capable d’apporter une immense contribution à l’acceptation de la personne handicapée par la société.

Obstacles perçus à la présence des personnes handicapées dans les émissions de télévision

Les discussions sur la présence à l’écran débouchent invariablement sur d’autres perceptions, cette fois sur les causes de cette faible présence à l’écran. Beaucoup de personnes interrogées ont identifié des obstacles à la présence à l’écran. Ceux-ci, après avoir été filtrés, ont été soumis au forum des parties intéressées, pour discussion.

Les obstacles perçus vont du général…

Les attitudes négatives se retrouvent partout dans l’industrie. (Employé-comédien)

Le système est défectueux, il ne fonctionne pas pour les handicapés. (Employé-comédien)

… au particulier, avec des exemples très concrets…

L’accès aux auditions est impossible. On ne peut même pas faire passer le fauteuil roulant par la porte. (Représentant d’ONG avec une expérience comme comédien)

…en passant par des considérations sur le nombre de comédiens professionnels handicapés capables d’assurer une présence à l’écran.

Les ressources ne sont pas nombreuses, il se présente très peu de comédiens [handicapés]. (Radiodiffuseur)

Difficile de trouver des comédiens. (Radiodiffuseur)

Il n’y a peut-être pas une immense réserve de talents, mais, consciemment ou non, les producteurs ne cherchent pas très fort non plus. (Membre d’une industrie connexe)

Une perception très répandue consiste à considérer la télévision comme un média visuel qui vit par la beauté et l’image, et en fait la promotion. Dans ce sens, les personnes handicapées ont un obstacle de « beauté » à franchir pour atteindre l’écran.

Les personnes aveugles ont quelque chose de différent dans leur apparence. À moins de changer ça, on n’y arrivera pas [à l’écran]. (Représentant d’ONG)

On n’est pas assez jolis [pensent les gens]. (Représentant d’ONG)

On mentionne aussi des facteurs liés à l’environnement, les longues journées de travail et le travail sur le plateau, autant d’obstacles imprévisibles pour les personnes handicapées, dont beaucoup ont déjà d’autres problèmes de santé .

L’éclairage du studio était beaucoup trop fort. Je n’arrivais pas à voir. (Représentant d’ONG avec une expérience comme comédien)

Ça peut revenir à une question d’endurance. Dix heures de tournage, c’est beaucoup trop.
(Fonctionnaire avec une expérience comme comédien)

Il y a des plateaux et des studios tout simplement inaccessibles. Ou bien vous n’arrivez pas à vous y rendre, ou bien vous n’arrivez pas à vous déplacer une fois à l’intérieur. (Représentant d’ONG avec une expérience comme comédien)

Les interviewés perçoivent deux obstacles, abondamment commentés, qu’ils estiment être les plus redoutables et les plus courants : les caractéristiques du secteur de la production indépendante et les pratiques traditionnelles dans le secteur de l’éducation.

Le secteur de la production indépendante est une composante essentielle de la programmation canadienne, et les entreprises de production sont des partenaires extrêmement importants des radiodiffuseurs canadiens. Cela tient au fait que les entreprises indépendantes de production conçoivent et créent les émissions que les radiodiffuseurs achètent.

Le secteur de la production indépendante comporte donc un personnel de création dont l’apport est essentiel lors du développement des rôles et du choix des comédiens. Ce personnel est constitué entre autres d’auteurs, de responsables de la distribution, de producteurs et de réalisateurs. Étant donné l’importance de la conception et de la création des émissions, une bonne part des décisions concernant les rôles susceptibles de s’ouvrir aux personnes handicapées résident au sein de la production indépendante.

Bon nombre d’interviewés sont conscients du rôle important de l’industrie de la production indépendante dans la création de la programmation. La perception généralisée – autant chez les personnes handicapées que dans l’industrie de la radiodiffusion – c’est qu’il y a une résistance considérable de la part du secteur de la production indépendante à créer et produire des émissions qui mettent en scène des personnes handicapées. Cette notion concerne aussi bien la construction de personnages que le recours à des personnes handicapées pour en tenir le rôle, voire pour occuper l’écran en général.

Il semble que les producteurs indépendants résistent à confier des rôles à des comédiens handicapés... je ne sais pas pourquoi. (Radiodiffuseur)

Les producteurs prétendent que ça coûte de l’argent [d’inclure une personne handicapée]. C’est de la foutaise. (Employé-comédien)

Vous savez, au niveau du producteur, du responsable de la distribution, de l’auteur, on est très peu conscientisé. Les agents n’y songent pas eux non plus, on voit ça tout simplement comme un fardeau. (Représentant d’ONG)

Ça prend du courage pour confier un rôle à quelqu’un dans un fauteuil roulant. (Représentant d’ONG)

Une autre idée vient renforcer ces impressions concernant la résistance du secteur de la production. C’est que ce défaut d’intégration puisse venir du fait qu’il y trop peu de personnes handicapées occupant des postes de création au sein de la production.

Autrement dit, on est d’avis qu’actuellement, en production, trop peu de professionnels handicapés travaillent comme auteurs ou réalisateurs, ou occupent des rôles d’importance en création. S’il en était autrement, ces professionnels pourraient servir de modèles aux jeunes Canadiens handicapés.

Dès le plus jeune âge, l’infrastructure est incapable de répondre à nos besoins. Un jeune décide très tôt de devenir auteur, comédien, d’être dans la salle des nouvelles ou d’écrire des dramatiques. (Représentant d’ONG)

Les gamins handicapés ne nous voient pas dans leur cheminement de carrière. Le secteur de l’éducation ne semble pas avoir trop bien réussi en ce sens… (Radiodiffuseur)

Les conseillers [en orientation] devraient vraiment élargir leur vision de ce que nous sommes capables de faire. (Représentant d’ONG)

On mentionne souvent en interview que le secteur de l’éducation engendre de sérieux obstacles à la présence à l’écran des personnes handicapées, avant tout parce que les étudiants handicapés ne sont pas encouragés à poursuivre une carrière en production ou en radiodiffusion. Cela peut venir d’une sorte de peur chez les éducateurs, qui hésitent à diriger des étudiants handicapés vers une industrie qui leur semble lointaine ou inaccessible. On en déduit qu’il est grand temps de renseigner les éducateurs sur l’industrie de la radiodiffusion et les possibilités qu’elle peut offrir aux personnes handicapées.

Les participants font également remarquer que les situations reprochées au secteur de l’éducation reflètent peut-être les attitudes négatives du public qui se transmettent au système et atteignent même les parents, lesquels n’encouragent pas non plus leurs enfants à choisir ce champ d’activité. Il en résulte un manque de communication et de contacts entre les éducateurs, le milieu des handicapés et les radiodiffuseurs.

Forum des parties intéressées : les points de vue sur la présence

Reconnaissant le fait que la présence à l’écran des personnes handicapées est très faible, les participants au forum ont proposé, dans le but de corriger la situation, un éventail de mesures, de démarches et de stratégies, qui sont décrites en détail dans la partie IV.

La discussion concernant la présence à l’écran s’est surtout limitée à un certain nombre d’obstacles freinant cette présence, dont les plus déterminants seraient les suivants :

Les participants au forum ont été moins enclins que les autres à voir dans les critères de « beauté » et d’« image » un obstacle à la présence à l’écran. En fait, contrairement à l’opinion de beaucoup de personnes interrogées en consultation, ils ont voulu écarter la notion que l’apparence physique des personnes handicapées et même, éventuellement, leurs appareils spécialisés puissent constituer des obstacles à leur présence à l’écran.

Les participants au forum ont également abordé la présence à l’écran du point de vue commercial, notamment l’impact que pourrait avoir sur les radiodiffuseurs et sur les annonceurs, la possibilité de rejoindre un plus grand marché de personnes handicapées, leurs familles, leurs amis et leurs aidants. Les avantages commerciaux de la présence à l’écran sont discutés en détail dans la partie IV.

B) Représentation des personnes handicapées dans les émissions de télévision

Cette section aborde et discute les résultats liés à la représentation, c’est-à-dire la façon dont les personnes handicapées sont perçues à travers l’image qu’en donnent les émissions de télévision.

La discussion est répartie en deux sections. La première traite de la représentation des personnes handicapées dans certaines catégories d’émissions comme les dramatiques, les comédies, les variétés et les émissions pour enfants. La seconde aborde la représentation dans les émissions de nouvelles, de sports et d’affaires publiques.

Tout comme pour la section précédente qui traitait de la présence à l’écran, la discussion qui suit se fonde sur les perceptions et les points de vue, d’abord des personnes interviewées en face à face au cours des consultations, puis des participants au forum des parties intéressées.

Représentation des personnes handicapées dans les dramatiques

Comme dans la discussion concernant la présence, les perceptions concernant la représentation, que ce soit chez les personnes interviewées ou chez les participants au forum, vont du très négatif au passablement positif. Cela dit, il n’y a aucun doute que la représentation est au sommet des préoccupations de beaucoup de gens dans le milieu des handicapés.

Compte tenu de la faible présence à l’écran des personnes handicapées, de nombreux intervenants étaient conscients, en abordant la discussion, qu’il y avait peu d’exemples de représentation. On y a néanmoins décelé les problèmes suivants :

On peut dire de manière générale que ces thèmes accolés à la représentation à l’écran font l’unanimité, et représentent l’opinion des ONG de personnes handicapées, de l’industrie de la radiodiffusion, des industries connexes et des employés/comédiens handicapés.

De toutes les perceptions mentionnées en consultation, les stéréotypes et les mythes persistants sur l’incapacité sont les plus souvent abordés. Beaucoup d’interviewés sont d’avis que les stéréotypes représentent le problème majeur des personnes handicapées.

Les stéréotypes négatifs influencent l’identité et l’image qu’on a de soi. Il y a beaucoup trop de stéréotypes dans les personnages handicapés à la télévision. (Représentant d’ONG)

On voit encore toutes sortes de stéréotypes et toute l’attention est dirigée sur l’incapacité. Les médias devraient commencer par montrer cela comme une condition normale. (Représentant d’ONG)

On nous voit encore comme le bossu de Notre-Dame : un monstre, une menace. (Représentant d’ONG)

Les radiodiffuseurs ont l’obligation de promouvoir la représentation positive, mais ils ne le font pas. Ou du moins, c’est rare. (Représentant d’ONG)

Il n’y a que les incapacités physiques pour attirer l’attention. Les incapacités moins visibles, il n’en est jamais question à la télé. (Représentant d’ONG)

La victimisation des personnes handicapées est vue comme l’un des stéréotypes les plus négatifs dans la représentation à la télévision.

On est encore trop souvent la victime. (Représentant d’ONG)

[Un personnage handicapé] est généralement une personne dont il faut avoir pitié, une victime d’un genre ou d’un autre. (Représentant d’ONG)

Après à peine deux minutes dans l’émission La loi & l’ordre (Law & Order) on se fait déjà assommer ou assassiner. (Employé-comédien)

Vous êtes ou bien le héros ou bien la victime. On ne voit pas d’avocat handicapé dans les scènes de procès. (Membre d’une industrie connexe)

Il y a beaucoup de commentaires concernant la représentation stéréotypée de certaines incapacités particulières dont, selon plusieurs interviewés, les incapacités moins visibles qui ont plus souvent un effet alarmiste. La peur ainsi créée se perpétue dans la représentation dramatique.

La tendance à la violence chez les malades mentaux est sans cesse évoquée... l’idée que le malade mental est un être dangereux. (Représentant d’ONG)

La criminalité est souvent associée à une incapacité invisible, des difficultés d’apprentissage par exemple. (Représentant d’ONG)

Concernant l’appropriation des rôles, les opinions divergent fortement quant à la question de faire jouer le rôle d’une personne handicapée par un comédien non handicapé. Plusieurs commentaires portent sur la vraisemblance, ou invoquent la déontologie dans le fait de priver un comédien handicapé de travail.

Il arrive plus souvent qu’autrement de voir un comédien non handicapé remplir le rôle [d’une personne handicapée]. (Représentant d’ONG)

Ça m’enrage de voir une personne non handicapée essayer de nous représenter. Ça manque complètement de vraisemblance. (Représentant d’ONG)

Une personne qui a l’habitude ne peut pas s’empêcher de dire : on voit bien qu’il n’est pas handicapé, celui-là ! (Représentant d’ONG)

Se servir d’acteurs non handicapés... eh bien, ça fait un moment qu’on ne se peint plus en brun pour représenter un Autochtone. (Fonctionnaire)

Le genre de commentaires ci-dessus représente l’opinion dominante concernant l’habitude de faire jouer le rôle d’une personne handicapée par un acteur non handicapé. Elle ne fait cependant pas l’unanimité.

Le comédien est un professionnel. On doit faire affaire avec un professionnel, qu’il soit handicapé ou non. Remplir le rôle d’une personne handicapée fait partie du travail du comédien, ne diriez-vous pas ? (Représentant d’ONG)

Alors que les commentaires ci-dessus font plutôt état d’une amélioration en termes de représentation dans les émissions récentes, de la même façon qu’ils faisaient état d’une amélioration en termes de présence, beaucoup d’interviewés ont l’opinion contraire. Leurs commentaires indiquent que les efforts en vue d’enrayer la marginalisation devraient consister à mettre l’accent sur les traits de caractère d’un personnage handicapé plutôt que sur son incapacité.

Dans l’ensemble, ça s’améliore, mais les stéréotypes persistent. (Représentant d’ONG).

Certains sont positifs, d’autres non. Dans la mesure où l’on voit maintenant de ces personnages à l’écran, on peut dire en effet qu’il y a un certain progrès. (Radiodiffuseur)

On dirait qu’il y a moins de stéréotypes maintenant... il y a d’assez bons personnages. Mais ils restent rares. (Représentant d’ONG)

J’ai remarqué une amélioration dernièrement. Il est plus rare de voir une représentation négative. (Représentant d’ONG)

Il y a eu plusieurs mentions d’émissions où l’incapacité, de l’avis des interviewés, est plus fidèlement représentée et de manière plus positive. Dans plusieurs cas, le rôle est tenu par un comédien handicapé.

Les émissions Les Experts (CSI) et La loi & l’ordre (Law & Order) font du meilleur travail : elles représentent plus fidèlement les personnes qui ont des difficultés d’apprentissage. (Représentant d’ONG)

Dans l’ensemble, on dirait que ça s’améliore, on évoque même des incapacités moins visibles, comme pour ce type qui perd l’ouïe dans Les Experts(CSI). (Radiodiffuseur)

Sue Thomas est un beau modèle de personnage pour la communauté des Sourds... ça montre que les Sourds peuvent faire aussi bien que les autres. (Représentant d’ONG)

C’est positif de voir Marlee Matlin dans À la maison Blanche (The West Wing)... [dans le personnage de] la professionnelle accomplie... elle utilise aussi un interprète. (Représentant d’ONG)

On mentionne quelques épisodes qui illustrent avec vraisemblance le sort d’une personne handicapée...

Dans un épisode de Urgences (ER), un artiste qui est en train de perdre la vue finit par se suicider. Savez-vous quoi ? Ce sont des choses qui arrivent. Je n’appellerais pas ça une représentation négative. (Représentant d’ONG)

C’est vrai, les histoires qu’on raconte dans Blind Justice sont un peu tirées par les cheveux, et le type n’est pas vraiment aveugle, mais ils réussissent assez bien à montrer ce que signifie vivre avec une incapacité, et tout ce qu’il faut endurer. (Représentant d’ONG)

...mais dans d’autres cas, le portrait n’est pas aussi fidèle.

Franchement, je suis aveugle depuis ma naissance, et je n’ai jamais tâté le visage de qui que soit. (Représentant d’ONG)

Enfin, un certain nombre d’interviewés parlent de la représentation comme d’un projet en cours, en des termes bien pesés.

Les représentations semblent en effet plus positives dernièrement, si on pense à Sue Thomas et au médecin dans Les Experts (CSI). Ce sont des modèles positifs. Mais on a encore affaire aux victimes, dans des téléréalités comme Extreme Makeover, où ils vont rénover des maisons pour des personnes défavorisées et on dirait que ces familles-là ont toujours un enfant handicapé. (Radiodiffuseur)

Les interviewés répètent souvent qu’il est d’autant plus important d’avoir des représentations fidèles, justes et complètes, qu’on voit très peu de personnes handicapées à l’écran.

Obstacles perçus à la représentation fidèle et positive des personnes handicapées

Beaucoup d’interviewés parlent des raisons pour lesquelles la représentation stéréotypée ou négative des personnes handicapées se perpétue, malgré les améliorations et un certain progrès. Alors que les avis étaient partagés dans le cas des obstacles à la présence, il n’y en a guère que deux dans le cas des obstacles à une représentation positive.

L’obstacle numéro un, celui qui empêche avant tout la représentation de progresser, ce sont les attitudes du public, qui se transmettent dans la façon de dépeindre les personnes handicapées à l’écran. Les attitudes en cause, notamment la persistance des mythes et la fausse information concernant l’incapacité et le quotidien d’une personne handicapée, se transmettent à toute l’infrastructure de la production et de la radiodiffusion.

... encore surpris de voir une personne handicapée jouer un rôle. Ça se rattache aux attitudes du public. (Représentant d’ONG)

Le public ne nous comprend pas. Rien de surprenant à ce que cela se transmette à la télévision. (Représentant d’ONG)

Les barrières psychologiques, ça donne des stéréotypes. (Membre d’une industrie connexe)

Nous sommes censés mériter la pitié, être des victimes... du moins, c’est l’attitude courante du public. (Employé-comédien)

Certains interviewés font un lien avec la façon dont ce même genre d’obstacle a fini par disparaître dans le cas des autres groupes désignés.

On pense au temps où les Noirs à la télévision étaient stéréotypés. C’est beaucoup mieux maintenant. Accepter l’incapacité, ce n’est pas facile, il faut y mettre le temps. On en est encore aux efforts symboliques. (Membre d’une industrie connexe)

Ça rappelle les femmes à la télévision, quand elles n’étaient rien d’autre que des stéréotypes. On a fait du chemin. (Radiodiffuseur)

Le second obstacle à une représentation plus fidèle des personnes handicapées dans les émissions de télévision réside, selon les participants, dans le secteur de la production. Beaucoup déplorent le peu d’efforts déployés, en général, en matière de consultation et de recherche, surtout chez les auteurs professionnels d’émissions de télévision, qui trouveraient pourtant là de quoi mieux dépeindre la réalité.

Les auteurs et les producteurs prennent le raccourci quand vient le temps de représenter une incapacité : ils ne consultent pas... il faut voir davantage d’auteurs faire davantage d’efforts. (Radiodiffuseur)

La consultation ne se fait pas, c’est tout. Si vous voulez parler des Autochtones, commencez par parler à un Autochtone... c’est la même chose pour les personnes handicapées. (Membre d’une industrie connexe)

Il existe très peu de lignes directrices... les producteurs auraient tendance à vouloir une distribution qui ressemble à la communauté qu’ils courtisent, qui reflète cet auditoire et qui sonne vrai [il y a donc marginalisation au moment de définir cet auditoire]. (Membre d’une industrie connexe)

Personne ne m’a jamais consulté avant de créer un rôle. Nous pourrions aider. (Représentant d’ONG)

Cette dernière remarque fait partie des réponses à une question qui a été posée aux représentants d’ONG et aux autres personnes handicapées lors des consultations. On a pu apprendre de cette façon qu’en tout et pour tout, deux représentants d’ONG (sur 45 personnes et 22 organismes) avaient été consultés par un auteur ou un producteur dans le but de dépeindre plus fidèlement une personne handicapée.

D’autres interviewés font valoir que les radiodiffuseurs, quant à eux, pourraient insister sur des représentations fidèles de la part des producteurs à l’externe, mais qu’ils ont leurs propres problèmes.

Nous réussissons mieux à rendre les rôles plus positifs, mais nous n’avons pas assez d’expérience. Nous n’avons pas autant le tour d’intégrer [la personne handicapée] dans l’histoire. (Radiodiffuseur)

On essaie d’être à l’écoute. Mais quand on achète des co-productions, on se rend compte qu’il ne s’en fait pas tellement plus [de représentations fidèles] ailleurs. (Radiodiffuseur)

Forum des parties intéressées : les points de vue sur la représentation dans les dramatiques

Les participants au forum ont longuement discuté de représentation et d’obstacles à la représentation, et leurs points de vue confirment ceux des personnes consultées, quoique l’ordre d’importance soit perçu différemment. Les problèmes qu’ils ont vus comme les plus importants sont :

En particulier, les participants au forum ont déploré le fait que la création de personnages handicapés soit confiée à des auteurs non handicapés, parce que, selon eux, ceux-ci ne sont pas en mesure de représenter avec exactitude le mode de vie et le quotidien d’une personne handicapée.

Il a été beaucoup question aussi de l’appropriation des rôles, qui consiste à faire jouer le rôle d’un personnage handicapé par un comédien non handicapé. Le déroulement de la discussion a reflété les résultats obtenus en consultation, à savoir qu’il y a dissension au sein du milieu et parmi les personnes handicapées, tout comme dans le milieu de la radiodiffusion, concernant l’importance et la pertinence de cette question. La gamme des points de vue se répartissait comme suit :

En ce qui concerne les stéréotypes, le forum pensait, comme les interviewés, que les mythes entourant l’incapacité, ou le fait de vivre avec une incapacité, se retrouvent dans la représentation à l’écran. Ces mythes comprennent la notion que toute personne handicapée est une victime et mérite la pitié, et toutes sortes de traditions liées au vocabulaire et à la gestuelle. D’autres mythes, qui font dire que les personnes handicapées « souffrent » de quelque chose, que les incapacités sont des « épreuves » qu’il faut « surmonter courageusement », trouvent encore le tour d’influencer la représentation.

Bien que toutes ces considérations aient dominé la discussion sur la représentation lors du forum des parties intéressées, les participants à la table ronde ont reconnu que, tout comme dans le cas de la présence à l’écran, la représentation a fait certains progrès, grâce à des personnages dans lesquels on fait ressortir d’autres attributs ou traits de caractère que ceux qui se rattachent à leur incapacité.

Représentation des personnes handicapées dans les émissions de nouvelles

Comme on l’a vu au sujet de la présence à l’écran des personnes handicapées, l’impression générale est qu’il y a très peu de personnes handicapées dans les émissions de nouvelles et d’affaires publiques.

Tandis que pour la présence on tend à expliquer la carence en termes pratiques, et à y voir un manque d’initiative de la part du système d’éducation qui ne se donne pas la peine de diriger les étudiants handicapés vers des carrières en journalisme télévisé, la représentation des personnes handicapées dans les émissions de nouvelles et d’affaires publiques semble préoccuper bien davantage la majorité des participants.

Nombreux sont les commentaires concernant la couverture de l’actualité à l’échelle nationale, mais aussi à l’échelle locale. Les récriminations à l’égard de la représentation dans les nouvelles télévisées s’adressent souvent aux médias locaux en général, radio, journaux et télévision. Cela dit, les thèmes suivants dominent les perceptions des interviewés à l’égard de la représentation dans les émissions de nouvelles et d’affaires publiques.

Les interviewés ont été presque unanimes à déplorer l’absence générale de reportages portant sur l’incapacité, aux nouvelles télévisées.

Nos problèmes ne percent pas l’écran et ne font pas couler d’encre. (Représentant d’ONG)

Quelques questions ont obtenu une bonne couverture, comme celle des enfants autistiques qu’on a renvoyés chez leurs parents en Ontario. Mais pour le reste, la couverture est rare et inadéquate. (Radiodiffuseur)

Je ne suis pas une superwoman. J’ai besoin d’aide et je ne suis pas entièrement autonome. Mais ce n’est quand même pas moi qui aurais dû faire la nouvelle, c’est plutôt le fait de ne pas pouvoir voter sans aide. C’est le problème que l’on doit présenter[et non la personne]. (Représentant d’ONG)

Lorsque les nouvelles télévisées présentent des reportages sur des questions d’incapacité ou sur des personnes handicapées, l’impression des interviewés, c’est que la présentation est biaisée de façon à marginaliser ou à stéréotyper les personnes handicapées.

La norme ne fait pas la nouvelle.. ce sont les événements et les gens exceptionnels qui attirent l’attention. Nous ne voulons pas être extraordinaires. Nous voulons être normaux. (Représentant d’ONG)

En général, il est question de tragédie, de victimisation ou de criminalité. (Fonctionnaire)

[Dans les reportages télévisés], on insiste encore beaucoup trop sur la victime plutôt que sur l’individu. Il faut mettre l’accent sur la personne. (Radiodiffuseur)

C’est ou bien une tragédie ou bien de l’héroïsme. Ou bien ce sont des gens hyper-accomplis, comme Rick Hansen ou Chantal Petitclerc. (Fonctionnaire)

C’est sûr qu’il y a plus d’intérêt de la part des médias pour des vedettes handicapées du type Rick Hansen ou Chantal Petitclerc. C’est bien, mais il y a encore trop peu de reportages sur des personnes ordinaires qui vivent avec une incapacité dans la communauté locale. (Représentant d’ONG)

Au sommet des préoccupations de beaucoup d’interviewés, on trouve le manque de tact et l’utilisation d’un vocabulaire inapproprié pour décrire les personnes handicapées aux nouvelles. On s’inquiète surtout du fait que des termes mal choisis perpétuent le stéréotype selon lequel une personne handicapée est atteinte d’une déficience ou d’une infirmité qui la victimise et fait d’elle un cas médical.

Il y a un problème de langage lorsque l’on présente des personnes handicapées aux nouvelles en utilisant des expressions comme « faire face à une infirmité ». L’effet est pernicieux. (Représentant d’ONG)

On se limite au modèle médical, on parle de personnes qui « souffrent ». Les reportages semblent avoir régressé. (Membre d’une industrie connexe)

Le gros problème, c’est le langage négatif avec des mots comme « rivé », « affligé ». On a rapporté le cas de Tracy [Latimer] d’une façon tellement déshumanisante. (Représentant d’ONG)

Les nouvelles sont un grand motif de préoccupation pour nous, parce qu’elles reflètent le climat social... et la catégorie des émissions de nouvelles comporte en effet des représentations peu délicates. (Radiodiffuseur)

Il persiste une terminologie troublante : les handicapés, les vieillards... (Représentant d’ONG)

La couverture des nouvelles est beaucoup mieux documentée et plus appropriée que jamais auparavant. La couverture des Jeux paralympiques a été excellente. Mais côté langage, il y a place à amélioration, pour éviter des choses comme « rivé à son fauteuil roulant ». (Représentant d’ONG)

Malgré ces préoccupations, aucune suggestion n’est faite quant aux mesures à prendre pour corriger le vocabulaire inapproprié, que ce soit en cours de consultation ou lors du forum des parties intéressées.

Certains interviewés parlent du type d’incapacité qu’on présente dans les émissions de nouvelles...

Quant aux difficultés d’apprentissage, on en traite rarement. (Représentant d’ONG)

…tandis que d’autres notent des progrès…

Au Canada, les nouvelles ne tombent pas autant qu’aux États-Unis dans le piège de lier le crime et la maladie mentale, mais il y a encore des efforts à faire pour ne pas sensationnaliser les incapacités psychologiques. (Représentant d’ONG)

…et que d’autres encore mentionnent les progrès qui restent à faire en matière de représentation.

Il y a plus d’ouverture d’esprit, les points de vue sont plus éclairés, mais il y a encore un bon bout de chemin à faire. (Radiodiffuseur)

Outre les émissions de nouvelles, d’autres émissions d’affaires publiques et de sports sont mises en cause pour la façon dont on y représente l’incapacité ou les personnes handicapées. On réclame une programmation qui approfondisse davantage le mode de vie des personnes handicapées.

CBC a présenté l’émission Moving On... à part cela, il n’y a jamais eu de reportage en profondeur sur les incapacités ou le fait de vivre avec une incapacité. (Représentant d’ONG)
(L’émission est citée plusieurs fois)

Je crois que [nom d’un réseau canadien] a diffusé un excellent documentaire sur les incapacités... est-ce qu’il ne pourrait y en avoir plus de ce genre ? (Représentant d’ONG)

Nous avons une vie de tous les jours, nous sommes plus normaux qu’on ne le pense. Nous avons une sexualité, une famille. On pourrait représenter tout ça. (Représentant d’ONG)

Ici aussi, certains ont l’impression qu’il y a des progrès.

[Une de nos émissions] a porté sur la sexualité chez les personnes handicapées, un bel effort de normalisation. (Radiodiffuseur)

Obstacles perçus à une représentation fidèle et positive des personnes handicapées dans les émissions de nouvelles

D’après le contenu des consultations, les obstacles à une meilleure représentation des personnes handicapées dans les émissions de nouvelles vont des attitudes du public à la rareté des professionnels à l’écran.

La représentation dans les émissions de nouvelles fait des progrès, mais je trouve incroyable qu’il n’y ait pas davantage de lecteurs de nouvelles à la télévision, par exemple des lecteurs avec une incapacité physique (Radiodiffuseur)

Les attitudes [du public] se ressentent dans les nouvelles. (Employé-comédien)

Concernant l’utilisation d’un vocabulaire inapproprié, on trouve ce commentaire :

La nouvelle génération de reporteurs a repris l’ancienne façon de parler. Elle est bien loin de montrer du respect à notre endroit et de savoir qui nous sommes. (Représentant d’ONG)

On déplore l’absence de personnes handicapées à l’écran et de modèles d’identification dans la salle des nouvelles qui inciteraient de façon éloquente à une meilleure représentation, en plus d’ajouter à la présence en ondes.

[Avoir davantage de] personnes handicapées dans la salle des nouvelles aiderait beaucoup. (Radiodiffuseur)

Il faut davantage de modèles d’identification, davantage de personnes handicapées dans les salles de nouvelles – il y en a beaucoup trop peu. (Radiodiffuseur)

Certains en imputent les torts au système d’éducation qui n’oriente pas les étudiants handicapés vers des carrières en journalisme télévisé. La situation est citée à nouveau comme facteur dominant dans le cas de l’intégration des personnes handicapées à l’industrie de la radiodiffusion en général et sera reprise en détail dans la section C. Un exemple, au hasard, de cette perception :

Il n’y a aucun contact avec les écoles ou les communautés. Jusqu’à ce que quelques visionnaires dans l’industrie s’engagent à changer les choses, il n’arrivera rien. (Radiodiffuseur)

Plusieurs radiodiffuseurs ont suggéré une manière d’inclure et de représenter les personnes handicapées dans les émissions de nouvelles : embaucher des spécialistes pour parler non seulement de sujets liés à l’incapacité, mais comme experts commentateurs sur différents autres sujets qui font la manchette. Aucun interviewé handicapé ou représentant d’ONG n’a évoqué cette perspective. Comme le fait remarquer un radiodiffuseur :

Nous avons de la difficulté à trouver des spécialistes [handicapés] pour agir à titre d’experts commentateurs... on aimerait bien les connaître. (Radiodiffuseur)

Forum des parties intéressées – points de vue sur la représentation dans les émissions de nouvelles

Au forum des parties intéressées, le seul point de vue qui a été retenu au sujet de la représentation des personnes handicapées dans les émissions de nouvelles concernait le manque de tact dans la façon de rapporter la nouvelle, notamment le vocabulaire utilisé, et la cause en a été attribuée au manque de compréhension de tout ce qui a trait à l’incapacité.

On a rattaché aussi le problème de la représentation en général au manque d’employés handicapés dans les salles de nouvelles.

En ce qui concerne le vocabulaire inapproprié, un participant a émis l’opinion qu’il ne s’agissait peut-être pas tellement d’un manque de sensibilité de la part d’une nouvelle génération de journalistes, mais de barrières systémiques à l’endroit des personnes handicapées.

Au chapitre du langage, il y a eu un débat sur la façon correcte de désigner une personne sourde. D’un côté, on prétendait qu’il faut se référer à la personne d’abord et à son incapacité ensuite (un Canadien sourd), tandis que de l’autre, on insistait pour que l’incapacité prime sur le reste (un Sourd canadien). Cette divergence d’opinions fait ressortir qu’il existe diverses façons de voir les choses chez les personnes handicapées elles-mêmes et qu’il importe d’en tenir compte.

Comme chez les personnes consultées, les problèmes de terminologie et le vocabulaire approprié n’ont pas rallié le consensus du forum.

La faible couverture dans les émissions de nouvelles a été évoquée en passant, mais n’a pas fait l’objet d’une discussion formelle.

C) Intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision

Cette section rapporte les résultats de la recherche sur l’intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision, principalement la possibilité d’obtenir et de garder un emploi dans l’industrie. Elle propose, pour commencer, un bref résumé de l’intégration dans la population active en général, suivi d’une discussion des perceptions qu’entretiennent les participants concernant l’intégration dans l’industrie de la radiodiffusion plus précisément.

Nous rapportons ensuite quelques commentaires sur les obstacles à l’intégration tels que les personnes consultées les ont perçus, suivis d’un résumé des conclusions du forum des parties intéressées.

Intégration des personnes handicapées à la population active

Au cours des consultations, chaque personne interviewée a eu l’occasion d’exposer sa propre perception sur l’intégration des personnes handicapées à la population active et dans les lieux de travail, et sur les obstacles qui surgissent. Cette démarche a servi à en apprendre davantage sur les propres expériences des interviewés, dans leur emploi et leur lieu de travail, afin d’enrichir la discussion à suivre concernant l’intégration dans l’industrie de la radiodiffusion.

Selon les personnes consultées, les points à retenir sur l’intégration à la population active sont les suivants :

Intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision

Rien de surprenant à ce que certains points soulevés ci-dessus concernant l’intégration des personnes handicapées et les obstacles qui surgissent dans le milieu du travail en général aient fait partie des perceptions touchant l’intégration à la télévision. Il s’y est ajouté d’autres perceptions et d’autres obstacles, maintes fois répétés lors des consultations, en ce qui a trait à l’industrie de la radiodiffusion où moins de 2 pour 100 de la main-d’œuvre est constituée de personnes handicapées. 5

Les interviewés ont exprimé leur avis, entre autres, sur les points suivants :

De manière générale, on note l’attitude extrêmement positive des interviewés en ce qui a trait à l’intégration dans l’industrie de la radiodiffusion dans son ensemble, et le réel désir, à la fois dans le milieu des handicapés et dans celui des radiodiffuseurs, de s’attaquer aux situations et aux obstacles qui nuisent à l’entrée des personnes handicapées dans l’industrie. Il n’y a guère d’hésitation à cet égard chez les personnes interviewées.

Plusieurs ont affirmé que l’industrie de la radiodiffusion présente d’excellentes possibilités de travail pour les personnes handicapées.

La radiodiffusion ne diffère pas tellement des autres industries, c’est une industrie formidable pour les personnes handicapées, avec beaucoup de diversité, de créativité et d’ouverture. (Radiodiffuseur)

Il y a tout plein de postes pour les gens qui ont des incapacités sensorielles... passer la journée assis comme le « producteur- recherchiste » qui doit trouver et confirmer les entrevues pour nouvelles télévisées… (Employé-comédien)

Il y a des facteurs à considérer quant à l’organisation des lieux, mais des personnes avec certaines incapacités seraient parfaites pour plusieurs postes en radiodiffusion. (Radiodiffuseur)

Qu’est-ce qu’on attend ? (Radiodiffuseur)

L’enthousiasme évident chez plusieurs qui veulent voir progresser l’intégration ne les empêche pas de reconnaître qu’il faut d’abord régler des problèmes et abattre plusieurs obstacles.

Quelques avis exprimés font ressortir les situations et les obstacles inhérents à l’industrie de la radiodiffusion. En ce qui concerne les attitudes, par exemple, beaucoup de radiodiffuseurs comparent la réticence associée à l’embauche de personnes handicapées à la peur que suscitait naguère l’idée d’embaucher des femmes dans l’industrie de la radiodiffusion.

Cela fait penser au combat des femmes pour avoir accès aux postes en radiodiffusion et ce sont les mêmes arguments : il n’y a personne d’assez qualifié. (Radiodiffuseur)

C’est comme la perception qu’on avait des femmes au travail, quand elles ont commencé : elles vont nous faire perdre notre temps. Mais pas du tout. (Radiodiffuseur)

C’est comme travailler avec n’importe qui d’autre. (Radiodiffuseur)

Un certain nombre de radiodiffuseurs suggèrent que les réalités du quotidien en radiodiffusion peuvent faire hésiter à embaucher des personnes handicapées.

Les directeurs de service remplissent quatre postes à la fois... et voient un employé handicapé comme un fardeau. C’est une question de sensibiliser les gens, de montrer que c’est un avantage et non un fardeau. (Radiodiffuseur)
(Cet argument est repris plusieurs fois)

Certains dirigeants craignent de ne pas savoir comment interagir avec une personne handicapée. (Radiodiffuseur)

Il a été beaucoup question d’aménagements en interview, qu’on voit comme un facteur important pour l’intégration des personnes handicapées à l’industrie de la radiodiffusion, où le milieu de travail comporte certaines caractéristiques assez uniques.

Chez les radiodiffuseurs, on insiste beaucoup sur la vétusté de certains immeubles, et sur d’autres facteurs en rapport avec l’accès aux fauteuils roulants.

Nous occupons un vieil immeuble... il n’y a pas d’ascenseur pour se rendre à la cafétéria et on vient à peine d’installer une rampe d’accès dehors. Dans notre cas, les aménagements sont plus dispendieux. (Radiodiffuseur)
(Cet argument est repris plusieurs fois)

Nous ne sommes pas propriétaires de l’immeuble, nous louons des espaces. Ça rend la tâche des aménagements doublement difficile. (Radiodiffuseur)

Certains studios ont un accès impossible. Les déplacements d’un endroit à l’autre peuvent être pénibles. Mais les obstacles physiques sont encore pires. (Représentant d’ONG avec une expérience en radiodiffusion)

Le fait que les activités de radiodiffusion et de production se déroulent sur divers plateaux entraîne un obstacle additionnel pour les personnes handicapées, celui du transport.

Se déplacer physiquement d’un plateau à un autre peut être un facteur inhibiteur. (Représentant d’ONG)

Je montais tout un compte de taxis ! Je n’avais pas d’autre façon de me déplacer. (Représentant d’ONG avec une expérience en radiodiffusion)

Certains croient que l’image de prestige de l’industrie de la radiodiffusion crée une certaine appréhension chez les jeunes gens handicapés qui souhaiteraient y entrer et elle les décourage.

La culture de la télévision, l’image de la télévision, ce sont autant d’éléments inhibiteurs pour une personne handicapée. (Représentant d’ONG)

D’autres attribuent à l’absence de modèles de comportement dans les émissions de nouvelles le manque d’intérêt des jeunes gens handicapés à participer à l’industrie, que ce soit à l’écran ou en coulisses.

Il faut certainement plus de modèles de comportement, comme davantage de reporteurs handicapés. Gardons-nous surtout de leur réserver les reportages sur l’incapacité. Ce serait comme demander aux femmes reporteurs de s’en tenir aux questions féminines. (Représentant d’ONG)
(Cet argument est repris plusieurs fois)

C’est un cercle vicieux... si on ne se voit pas là, on ne veut pas y aller. (Fonctionnaire)

La question des aménagements est évoquée à nouveau dans le cas du secteur de la production.

Il n’y a pas beaucoup de convivialité pour les personnes handicapées chez les producteurs indépendants, leurs installations ne sont pas bonnes [pour permettre les aménagements], c’est ça la réalité de la production indépendante. (Radiodiffuseur)

Oui, il y a des obstacles physiques à la distribution des rôles : la porte est trop étroite pour passer. (Membre d’une industrie connexe)

Selon certains, les retombées commerciales de l’aménagement sont un argument de plus en faveur de la diversité.

Les radiodiffuseurs devraient évaluer les coûts d’un investissement en aménagements, contre les coûts s’ils n’investissement pas. (Fonctionnaire)

D’autres situations et obstacles qui nuisent à l’intégration des personnes handicapées dans l’industrie de la radiodiffusion sont vus comme des facteurs extrinsèques. Par exemple, un bon nombre d’interviewés ont accusé le secteur de l’éducation d’être largement responsable de la méconnaissance des possibilités de carrières en radiodiffusion chez les étudiants handicapés.

Les conseillers en orientation ont vraiment besoin d’élargir leur vision de ce que les gens peuvent faire. Toutes les professions ne sont pas nécessairement ouvertes aux personnes physiquement non handicapées. Mais dans le cas des médias, la plupart des jeunes handicapés se considèrent éliminés avant même d’avoir postulé un emploi. (Représentant d’ONG)

On ne peut pas dire que le secteur éducatif fasse des merveilles pour amener les gens en radiodiffusion... pour les personnes sourdes, il y a le graphisme, l’animation; il y a des possibilités fantastiques de ce côté-là. (Représentant d’ONG)

On parle de chercher ailleurs que dans le système d’éducation une façon d’acquérir les compétences pour décrocher un emploi en radiodiffusion.

Le secteur éducatif n’a pas réussi à orienter les personnes handicapées vers des carrières en radiodiffusion... peut-être les regroupements [de personnes handicapées] pourraient-ils s’en occuper. (Radiodiffuseur)

On a toujours de la difficulté à repérer les candidats qualifiés parmi les personnes handicapées, à trouver les ressources. Est-ce que les divers regroupements de personnes handicapées ne pourraient pas faire une présélection ? (Radiodiffuseur)

Selon plusieurs interviewés, les établissements d’enseignement eux-mêmes, et tout spécialement le milieu post-secondaire, font piètre figure en matière d’aménagements, et par conséquent n’attirent pas beaucoup d’élèves prometteurs dans leurs rangs.

Prenez l’exemple de [nom d’un collège communautaire de Colombie-Britannique]... les trois quarts des salles de classe sont dans des immeubles inaccessibles. (Représentant d’ONG)

Il faut que les écoles, les programmes en arts des médias et en journalisme fassent des progrès en termes d’aménagements. Je ne suis peut-être pas capable de manier une caméra, mais je me débrouillerais pas mal du tout comme intervieweur. Il faut prendre ça en ligne de compte. (Représentant d’ONG)

Les collèges et les universités ont du travail à faire du côté des aménagements. (Représentant d’ONG)

L’absence de formation continue dans le secteur de la production est également invoquée.

La formation en production est mal pensée et mal organisée, c’est de la formation ad hoc, quand il y en a. L’environnement en production n’est pas fait pour les personnes handicapées. (Membre d’une industrie connexe)

Les interviewés, quand on parle d’intégration, abordent souvent la nécessité d’établir plus de communication et de contacts entre le secteur de l’éducation, les secteurs de la radiodiffusion et de la production, et le milieu des handicapés. Les radiodiffuseurs et les représentants des ONG en particulier insistent sur les avantages à communiquer entre eux.

Les radiodiffuseurs n’établissent pas suffisamment de contacts avec la collectivité [des personnes handicapées]... nous ne savons pas réellement quelles sont les possibilités d’emploi. (Représentant d’ONG)

Nous devons nous efforcer de mieux communiquer avec les radiodiffuseurs. Ça n’a pas été beaucoup fait jusqu’à maintenant. (Représentant d’ONG)

Il y a trop d’ONG... on aimerait bien qu’il y ait un guichet unique, quelque chose comme [les centres] WorkAble qui fournissent la formation, le counseling, les employés, tout dans un même endroit. (Radiodiffuseur)

Les regroupements de personnes handicapées sont en effet dispersés. À qui faut-il parler ? C’est beaucoup exiger que de demander à un seul employé de mon entreprise de parler à 20 groupes différents. (Radiodiffuseur)

On ne sait pas par où commencer. Dites-nous où commencer. (Radiodiffuseur)

L’aspect communication est aussi abordé dans le cadre des relations à établir avec le secteur de l’éducation...

Il faut revenir en arrière, entrer dans les écoles – et je parle de l’école élémentaire – pour aller les chercher très tôt. (Radiodiffuseur)

Les employeurs du secteur de la radiodiffusion doivent faire un effort pour annoncer les emplois ouverts aux personnes handicapées, par l’intermédiaire des centres de consultation et de placement dans les collèges et universités. (Représentant d’ONG)

…et de la part du secteur de la production.

Il y a bien peu d’encouragement de la part des guildes d’auteurs et de producteurs... il n’y a aucun contact et la compétition est généralement féroce. (Membre d’une industrie connexe)

Forum des parties intéressées : les points de vue sur l’intégration à la télévision

Les participants au forum des parties intéressées ont identifié un certain nombre de problèmes à l’intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision, dont la plupart sont liés à l’emploi dans l’industrie, notamment :

De toutes les constatations ci-dessus, le manque de communication et le manque de contact entre le milieu des handicapés et les radiodiffuseurs s’inscrivent en première place. Beaucoup de participants ont fait remarquer que le forum des parties intéressées était l’une des premières occasions de débattre ensemble de ces problèmes, et d’amorcer la discussion sur les moyens d’améliorer les choses.

Le tableau de la page suivante récapitule les situations les obstacles et les possibilités d’amélioration qui ont été discutés concernant la présence, la représentation et l’intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision.

Table 1 – Sommaire des résultats  

Enjeu

Situation

Obstacles

Commentaires

Ouvertures

Présence

  • Très faible présence à l’écran
  • Loin derrière les autres groupes désignés
  • Les attitudes sociales négatives
  • Le facteur peur
  • La disposition des lieux
  • Le secteur de la prod. ind.
  • Le système d’éducation
  • On observe des progrès dans les rôles principaux et secondaires de certaines dramatiques aux heures de grande écoute.
  • Une représentation fidèle est d’autant plus importante que la présence à l’écran est rare.
On est convaincu en général que l’intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision va créer un certain nombre d’ouvertures :
  • Un nouveau marché constitué des personnes handicapées, leurs familles, leurs amis et leurs aidants
  • La possibilité de nouvelles ressources en création et un atout additionnel de concurrence
  • Des aménagements pouvant profiter à tous les employés

L’industrie de la radiodiffusion est perçue comme un agent de changements capable d’influencer les attitudes de la société.

Représenta-tion dans les dramatiques

  • Stéréotypes
  • Victimisation
  • Appropriation des rôles
  • Les attitudes négatives in-fluencent la représentation
  • Les producteurs indépen-dants et les auteurs manquent d’ouverture
  • La création et l’interprétation de personnages handicapés par des personnes non handicapées suscitent un débat dans le milieu des personnes handicapées.

Représenta-tion dans les émissions de nouvelles

  • Sujet de l’incapacité rarement traité
  • On insiste trop sur l’incapacité
    Vocabulaire inapproprié
  • Les attitudes sociales négatives
  • Trop peu de modèles
  • Le système d’éducation
  • On considère que la situation dans les actualités est plus grave que dans les dramatiques.

Intégration

  • Les attitudes de la société se transmettent au travail
  • Accès difficile aux immeubles, studios ou plateaux
  • Les employeurs surestiment les coûts d’aménagements
  • Un employé handicapé est vu comme un fardeau
  • Carences en éducation et en formation; le système d’éducation ne favorise pas les carrières en radiodiffusion
    Communication et prise de contact paraissent déficientes
  • La majorité des intervenants dans cette étude estiment qu’il faut commencer par mettre au point des mesures pour promouvoir la communication et les contacts entre les radiodiffuseurs et le milieu des personnes handicapées.


Partie IV: Suggestions de mesures à l’usage des radiodiffuseurs

À tous ceux qui ont été interviewés lors des consultations ou qui ont pris part au forum des parties intéressées, on a demandé leur opinion sur les mesures éventuelles à prendre pour améliorer la présence, la représentation et l’intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision.

De manière générale, toutes les personnes, entreprises et organisations ayant pris part à cette étude se sont accordées pour dire qu’il fallait absolument élaborer des mesures ou des projets pour une ou plusieurs des raisons suivantes :

Les mesures et projets suggérés aux radiodiffuseurs par les personnes consultées et les participants au forum se répartissent sous les thèmes suivants :

Le partenariat avec le système d’éducation et les recommandations au secteur de la production indépendante sont les suggestions d’un petit nombre d’ONG de personnes handicapées, mais répondent aux préoccupations d’un grand nombre de participants qui ont maintes fois désigné les pratiques de ces deux secteurs comme des obstacles.

Néanmoins, plusieurs représentants d’ONG laissent entendre que vu le peu de ressources dont ils disposent et le nombre de projets à piloter, ils préfèrent laisser aux radiodiffuseurs la tâche d’attirer l’attention des éducateurs sur les carrières en radiodiffusion qui s’offrent aux étudiants handicapés.

En ce qui concerne le secteur de la production, beaucoup de représentants d’ONG prétendent qu’ils n’en savent pas assez long pour décider ce que le secteur indépendant peut ou ne peut pas faire pour améliorer la présence, la participation et l’intégration des personnes handicapées. Tout en réaffirmant leur volonté de travailler de pair avec les radiodiffuseurs dans tout projet s’adressant au secteur de la production, ils ne s’estiment pas en mesure de prendre les devants.

Communication et prise de contact

Compte tenu du sentiment général à l’effet que le milieu des personnes handicapées et celui de la radiodiffusion ont intérêt à « apprendre à mieux se connaître », la plupart des suggestions aux radiodiffuseurs ont pour but de faire démarrer les choses.

Ressources humaines et aménagements pour les radiodiffuseurs et les ONG de personnes handicapées

Le secteur éducatif

La production indépendante

Projets de programmation pour les radiodiffuseurs

Autres stratégies suggérées par le Forum des parties intéressées

Selon le forum des parties intéressées, les radiodiffuseurs ne sont qu’un maillon dans une industrie vaste et inter-reliée. Il faut s’assurer l’engagement de tous les partenaires au sein de cette infrastructure, y compris le secteur de la production indépendante, si l’on veut que l’intégration progresse et que de réels changements se matérialisent.

Bibliographie

Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR)
2004
Plan d’action de l’ACR pour examiner les questions se rapportant à la présence, à la représentation et au rôle des personnes handicapées dans les émissions de télévision (disponible en anglais seulement) Mémoire au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, août 2004 www.cab-acr.ca

Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC)
2004
Avis public 2004-4 Préambule aux décisions de radiodiffusion 2004-6 à 2004-27 renouvelant les licences de 22 services spécialisés www.crtc.gc.ca

Bureau de la condition des personnes handicapées– Développement Social Canada
2001
Enquête sur la participation et les limitations d’activités www.sdc.gc.ca

2004

Vers l’intégration des personnes handicapées
www.sdc.gc.ca/en/gateways/nav/top_nav/program/odi.shtml

Task Force for Cultural Diversity on Television
2004
À l’image des Canadiens: Pratiques exemplaires pour la diversité culturelle à la télévision privée, Rapport final www.cab-acr.ca

Top

CONNECTUS Consulting Inc.

Annexe A : Les pratiques exemplaires à l’étranger et au Canada

Dans le cadre de notre étude qualitative, nous avons analysé des pratiques exemplaires à l’endroit des personnes handicapées, principalement dans les divers secteurs d’activités de l’industrie de la radiodiffusion au Royaume-Uni et aux États-Unis; nous avons aussi étudié les activités de l’industrie au Canada à cet égard.

Les initiatives au Royaume-Uni

1) Broadcasting and Creative Industries Disability Network (BCIDN)

Composition

Manifeste de 2002

En mai 2002, les organisations membres du BCIDN se sont engagées à :

À la suite du Manifeste de 2002, les sociétés membres ont entrepris les activités et les pris les initiatives suivantes touchant à la présence, la représentation et l’intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision :

  1. British Broadcasting Corporation (BBC)

    La BBC est reconnue comme le chef de file de l’industrie de la radiodiffusion au Royaume-Uni en matière de projets et activités à l’intention des personnes handicapées .

    Accroissement de la présence et meilleure représentation
  1. British Sky Broadcasting (BskyB

    Accroissement de la présence
  1. Carlton Television

    Accroissement de la participation
  1. Channel 4

    Channel 4 observe un certain nombre de pratiques exemplaires eu égard à la présence, à l’embauche et à la formation, la plupart de ces activités étant sous la responsabilité d’un conseiller à plein temps sur les questions d’incapacités.

    Accroissement de la présence
  1. Channel 5

    Accroissement de la présence
  1. Discovery NetworksEurope
  1. U.K.Film Council
  1. Granada Media plc (le Groupe
  1. PACT

    Accroissement de la présence
  1. Turner Broadcasting System Europe

2) Publications du Broadcasting and Creative Industries Disability Network (BCIDN

Disabled Talent (disponible en anglais seulement)

Un bulletin électronique visant à renseigner les producteurs et les réalisateurs sur les diverses ressources permettant de trouver des artistes handicapés, ainsi qu’à aider ces derniers à mieux faire connaître leurs talents et leur disponibilité.

Handbook on Disability – A Practical Guide for Producers (disponible en anglais seulement)

Publication du BCIDN pour aider les producteurs à mieux s’occuper des personnes handicapées engagées comme collaborateurs à la programmation ou membres du public en studio. Traite des questions dont les producteurs doivent tenir compte, particulièrement celles relatives aux personnes ayant une déficience visuelle ou auditive ou ayant une mobilité réduite.

Moving into the Spotlight (disponible en anglais seulement)

Un petit guide à l’intention des responsables de la distribution du Royaume-Uni.

Make a Difference – Ideas for including disabled people in broadcasting and film (disponible en anglais seulement)

Un guide publié conjointement par le BCIDN et ITV destiné aux producteurs et réalisateurs, sur les façons pratiques et réalistes de travailler avec des collègues, collaborateurs ou membres du public en studio qui sont handicapés.

Adjusting the Picture – A Producer’s Guide to Disability (disponible en anglais seulement)

Le guide le plus consulté, largement distribué et conçu à l’intention des producteurs d’émissions de tous genres, y compris les actualités, les dramatiques, les émissions de variétés, les émissions pour enfants, les émissions d’affaires publiques et de sport (publié conjointement par le BCIDN et ITV).

Four All

Un site Web qui aide les producteurs à trouver des collaborateurs handicapés, dont des comédiens, et à travailler avec eux. Comprend un dossier sur la recherche d’artistes handicapés, des renseignements sur l’aide financière gouvernementale et sur diverses questions d’ordre juridique.

The Employer’s Forum on Disability

Autres initiatives du Employer’s Forum on Disability:

Business in the Community (BITC) Awards for Excellence 2004

British Sky Broadcasting’s (BskyB) a reçu le prix Realizing Ability en récompense de son effort de promotion de la compréhension des questions d’incapacités et de ses services consacrés aux personnes handicapées.

The Knowledge – Disability Solutions for Employers (disponible en anglais seulement)

Guide de référence sur les pratiques exemplaires, destiné aux employeurs, qui suggère une approche d’intégration des employés handicapés et qui en illustre les avantages.

Disability Confident (disponible en anglais seulement)

Une trousse de formation détaillée interactive sur la place des personnes handicapées dans les affaires, mise au point conjointement par le Employer’s Forum on Disability et la société Skill Boosters. Cet outil interactif multimédia d’enseignement virtuel vise à aider les cadres et les employés à croire en la fiabilité des personnes handicapées et à leur faire confiance.

Informations en ligne

Offre des informations en ligne aux principaux conseillers des entreprises sur des questions touchant les personnes handicapées. Ces informations portent sur les incapacités au regard de domaines clés comme l’embauche, les normes du travail, les droits de la personne, les relations avec la clientèle et le fossé numérique.

Disability Standard (disponible en anglais seulement)

Un outil sur les normes en matière d’incapacités permet aux organisations d’évaluer leur performance dans les domaines de gestion des risques, service à la clientèle, embauche de personnel, santé au travail, milieu de travail et locaux, systèmes de technologies de l’information et de télécommunications, accès aux biens et aux services et incidence de la politique gouvernementale. Quelque 78 organisations ont participé à la création de la publication Disability Standard.

Les initiatives aux États-Unis

1) The California Governor’s Committee on Employment of People with Disabilities

GCEPD Media Access Office

Les bourses d’études comprennent les suivantes :

2) Crédits d’impôt – État de la Californie

3) California Business Leadership Network (CABLN)

4) Projet de distribution artistique non traditionnelle

5) CBS

CBS Diversity 2005-06 Talent Showcases

Activités de CBS sur la diversité

6) SAG/AFTRA

Les initiatives au Canada 7

1)Alliance of Cinema, Television and Radio Artists (ACTRA)

2) ACTRA Toronto

3) Les cinémas Famous Players

4) Greater Vancouver Business Leadership Network

CONNECTUS Consulting Inc.

Annexe B : Personnes et organismes consultés

Organisations de personnes handicapées non gouvernementales

Faye Joudrey
Abilities Foundation of Nova Scotia

Rob Sleath
Advocates for Sight Impaired Canadians

Larry Pempeit
Alberta Paraplegic Association

John Rae, Kim Kilpatrick, Judy Smith
Alliance pour l’égalité des personnes canadiennes aveugles

Teresa Penafiel
Association multi-éthnique pour l’integration des personnes handicapées

Serge Brassard
Association québecoise des étudiants ayant des incapacités au postsecondaire

Stephanie Cadieux
B.C. Paraplegic Association

Jihan Abbas
L’Association canadienne des centres de vie autonome

Evelyne Gounetenzi
Association des Sourds du Canada

Harold Schnellert
Conseil canadien des aveugles

Susan Main
La Société canadienne de l’ouïe

Jim Sanders
L’Institut national canadien pour les aveugles

Valerie Ravary
Association canadienne des paraplégiques

Mary Ennis
Coalition of Persons with Disabilities ( Newfoundland and Labrador)

Chloe Serradori
Conféderation des personnes handicapées du Québec

Laurie Beachell
Conseil des Canadiens avec déficiences

Diane Sullivan
Troubles d’apprentissage-Association canadienne

Frank Smith
Association nationale des étudiant(e)s handicapé(e)s au niveau postsecondaire

Constance McNight
Réseau national pour la santé mentale

Noel Browne, Nick Nash, Lannie Woodbine
Association canadienne des paraplégiques (Terre-Neuve et Labrador)

Barry Schmidl
Prince Edward Island Council of the Disabled

Shelley Rattai, Paul Young
Des Personnes d’Abord du Canada

Véronique Vézina
Regroupement des aveugles et ambylopes du Québec

Radiodiffuseurs

Kim Carter
Alliance Atlantis

Jean-Pierre Laurendeau
Astral Media Inc.

Dawn Fell
Bell Globemedia Inc.

Sarah Crawford, Mary Kramolc
CHUM limitée

Ruth Schrier, Joanna Webb, Stephanie Byrne
CORUS

Barb Williams, David McCauley
Global Television Network

Ben-Marc Diendere
Québecor Media Inc.

Robert Parent
Radio Nord Communications Inc.

Madeline Ziniak
Rogers Television (Omni)

Bernard Guerin
TQS inc.

Mark Prasuhn
Vision TV

Organisations connexes de l’industrie

Stephen Waddell
Alliance of Cinema, Television and Radio Artists (ACTRA)

Claire Samson
APFTQ

Guy Mayson
Association canadienne de production de films et de télévision

Lise Lachapelle
L’Association des réalisateurs et réalisatrices due Québec

Terry Scott
Association canadienne des directeurs de l’information radio-télévision

Anne-Marie Desroches
Union des Artistes

Barb Farwell
Writers Guild of Canada

Employeurs/Artistes

Leesa Levinson, ACTRA Toronto
David Onley, Citytv

Gouvernement

Lindsay Glassco, Amanda Scott
Social Development Canada, Office for Disability Issues

 

CONNECTUS Consulting Inc.

Annexe C : Rapport sommaire

Forum des parties intéressées pour examiner les questions se rapportant à la présence, la représentation et la participation des personnes handicapées dans les émissions de télévision canadiennes

15 juillet 2005 – Marriott Eaton Centre, Toronto

Introduction

CONNECTUS Consulting Inc. (CONNECTUS) a le plaisir de présenter à l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) son rapport sommaire sur le forum des parties intéressées tenu le 15 juillet 2005 à Toronto.

Le forum des parties intéressées est l’un des trois éléments clés de l’étude qualitative intitulée La présence, la représentation et la participation des personnes handicapées dans les émissions de télévision canadiennes. Les autres éléments sont (i) une revue des pratiques exemplaires nationales et internationales en matière de radiodiffusion et de personnes handicapées et (ii) des consultations au moyen d’entrevues détaillées avec plus d’une quarantaine d’organismes qui sont des organisations de personnes handicapées non gouvernementales, des entreprises de radiodiffusion et organisations connexes.

Nous avions suggéré que le forum des parties intéressées prenne la forme d’un échange d’idées et de points de vue, au cours de toute une journée, entre des représentants du milieu des personnes handicapées, du milieu des radiodiffuseurs et d’autres organisations connexes à l’industrie. Nous avons décidé que le forum était une solution beaucoup plus intéressante que des groupes de discussion répartis sur l’ensemble du Canada; nous avions aussi cru qu’il pouvait constituer une recherche d’idées sur les moyens éventuels d’intervention pour les radiodiffuseurs, dans une ambiance conviviale et propice à la discussion.

Notre rapport se divise comme suit :

  1. Les objectifs du forum des parties intéressées
  2. Les points de vue sur les possibilités
  3. Les points de vue sur les situations et les obstacles
  4. Les points de vue sur les moyens d’intervention envisagés
  5. Les autres idées ou observations
  6. L’incidence sur l’ensemble de l’étude

Des représentants de vingt organisations et entreprises ont participé aux discussions, alors que seize autres personnes du milieu des personnes handicapées, d’entreprises de radiodiffusion et d’organisations gouvernementales étaient présentes à titre d’observateurs. Une liste des participants et des observateurs suit le rapport.

Les objectifs du forum des personnes intéressées

En collaboration avec le Comité directeur et le Comité de prise de contact de l’ACR8, les objectifs du forum ont été fixés comme suit :

Toujours en collaboration avec des comités de l’ACR, on a énoncé les résultats à atteindre à l’issue du forum :

Mme Sarah Crawford, présidente du Comité directeur de l’ACR, a présidé le forum. M. Richard Cavanagh, directeur de projet, et Mme Nancy Steele, associée de projet pour CONNECTUS, ont présenté les résultats préliminaires de l’étude. Mme Lil Krstic, conseillère principale au projet et associée de CONNECTUS, a animé le forum.

Les points de vue sur les possibilités

Au cours de la présentation des résultats préliminaires de l’étude, on a discuté des possibilités que peut ouvrir une meilleure intégration des personnes handicapées au secteur de la radiodiffusion. Ces possibilités sont les suivantes :

Le forum n’a pas donné lieu à d’autres discussions sur les possibilités.

Les points de vue sur les situations et les obstacles

À la suite de la présentation des résultats préliminaires de l’étude, les participants au forum ont discuté des situations et des principaux obstacles concernant la présence, la représentation et la participation des personnes handicapées dans les émissions de télévision. Ils ont ensuite fixé un ordre de priorités.
Cet exercice a donné lieu à un classement en quatre volets, des situations et des obstacles à gérer en priorité. Ces volets sont énoncés ci-dessous dans l’ordre d’importance que les participants leur ont accordé.

Premier volet

Deuxième volet

Les participants ont l’impression que la faible présence à l’écran et par conséquent le manque de modèles sont les problèmes les plus sérieux. D’autres obstacles sont aussi considérés comme importants, notamment l’absence d’encouragement de la part du secteur de l’éducation ainsi que les attitudes négatives généralisées et les mythes sur les personnes handicapées que transmettent les personnages à l’écran.

Troisième volet

Quatrième volet

D’autres questions soulevées au cours des consultations et présentées aux participants du forum n’ont pas été approfondies :

Commentaire

Les données recueillies au forum des parties intéressées démontrent clairement une vive préoccupation chez les participants au sujet des questions de représentation, y compris l’appropriation des rôles et la présence de stéréotypes dans les émissions dramatiques, de même que le vocabulaire utilisé et la représentation dans les émissions de nouvelles. Ces résultats coïncident parfaitement avec ceux des consultations.

Pour ce qui est des autres questions liées à la représentation, seule celle du rôle de la beauté et de l’image diffère des données recueillies au cours des consultations. Alors qu’un grand nombre de personnes consultées perçoivent l’apparence physique ou l’utilisation d’appareils fonctionnels comme un désavantage eu égard à la présence à l’écran, les participants au forum accordent beaucoup moins d’importance à ce facteur, plu

ieurs organisations non gouvernementales représentant les personnes handicapées étant même d’avis qu’il n’a aucune pertinence.
En ce qui concerne l’intégration à l’industrie, le forum met le doigt sur un certain nombre de facteurs, tout comme les consultations. On identifie nombre de situations et d’obstacles, dont l’absence de modèles, le manque d’encouragement de la part du secteur de l’éducation ainsi que les problèmes d’aménagements.

Nous avons aussi noté une contradiction quand il s’agit de la responsabilité du secteur de la production relativement à la présence, la représentation et l’intégration des personnes handicapées dans les émissions de télévision. Alors que « l’appropriation des rôles » est perçue comme une question essentielle, surtout en ce qui concerne la création des rôles par les auteurs, la « résistance du secteur de la production » n’est pas considérée comme une question fondamentale ou un obstacle important.

Il est pourtant clair que la création de rôles ou de personnages qui ne représentent pas fidèlement la réalité relève, du moins en partie, des activités ou des pratiques du secteur de la production. Le fait que les participants n’aient pas fait ce lien s’explique peut-être par une mauvaise compréhension des activités du secteur de la production.

Les points de vue sur les moyens d’intervention à envisager

La deuxième partie du forum était consacrée à la discussion et à l’établissement des priorités concernant les mesures et les projets que les radiodiffuseurs pourraient envisager en vue de favoriser l’intégration des personnes handicapées à l’industrie. Cette discussion a pris la forme d’un remue-méninges et toutes les suggestions étaient les bienvenues; on a convenu que, par la suite, le Comité directeur de l’ACR consulterait le Comité de prise de contact afin de déterminer les suggestions les plus pratiques pour les radiodiffuseurs.

Les participants se sont répartis en quatre sous-groupes de discussion (trois anglophones et un francophone) qui ont ensuite partagé leurs réflexions. À la suite de cet exercice, en se basant sur les sujets discutés et l’importance qu’on leur avait accordée, on a déterminé quatre volets de mesures privilégiées. Dans l’ensemble, les mêmes points de vue sur les mesures d’intervention se retrouvent dans plusieurs propositions.

Premier volet

La majorité des sous-groupes voient dans l’élaboration de principes directeurs et de normes de l’industrie un projet qui pourrait faire appel à la mise en commun des efforts de toutes les parties intéressées.

Deuxième volet

Troisième volet

Quatrième volet

Outre les mesures et les projets ci-dessus mentionnés, les participants ont identifié un certain nombre de stratégies possibles :

Commentaire

On note des différences entre les mesures et les projets évoqués par les participants du forum et ceux qui ont été abordés lors des consultations. Par exemple, l’élaboration de principes directeurs et de normes de l’industrie n’a pas été soulevée souvent au cours des consultations, alors que ce facteur a été jugé très important par le forum.

En revanche, les projets concernant le secteur de l’éducation, amplement discutés au cours des consultations, n’ont pas suscité beaucoup d’intérêt chez les participants au forum.

De plus, alors que l’appropriation des rôles est considérée comme de première importance, l’augmentation du nombre de personnes handicapées à l’écran s’inscrit comme l’une des principales mesures ou stratégies à adopter. Cette différence provient peut-être du fait que l’on tient pour acquis que l’engagement d’augmenter la présence est un point de départ essentiel.

Le fait que l’industrie de la radiodiffusion puisse jouer un rôle important pour changer les attitudes du public à l’égard des personnes handicapées rallie le consensus; bon nombre croient même que ce rôle de l’industrie est un point de départ fondamental.

Les autres idées ou observations

D’autres idées et d’autres observations ont pu être recueillies lors du forum, lors des discussions en plénière, ou dans celles des sous-groupes ou encore dans des échanges informels au cours de la journée :

Commentaire sur les paramètres de réussite

L’identification des paramètres de réussite faisait partie des objectifs du forum. Cependant, les participants ont clairement exprimé leur désir de discuter de façon plus approfondie des mesures à prendre et des projets à mettre sur pied. Les discussions relatives aux paramètres de réussite ont par conséquent été confiées au Comité directeur de l’ACR qui consultera le Comité de prise de contact et tiendra compte de ses commentaires.

Conclusion : L’incidence sur l’ensemble de l’étude

Le forum des parties intéressées de l’ACR a permis de recueillir toute une mine d’informations d’une grande utilité à l’ensemble de l’étude. Ces informations confirment dans une large mesure les constats faits tout au cours du processus de recherche. Par ailleurs, les discussions du forum guideront la rédaction du rapport d’étude, particulièrement eu égard à l’importance accordée à certains résultats ou à certaines situations ou obstacles; de plus, elles enrichiront le contenu des mesures proposées aux radiodiffuseurs.

Le forum des parties intéressées a constitué un apport précieux à l’aspect qualitatif de la recherche entreprise dans le cadre de la présente étude. Certains groupes comme des entreprises de production, des organisations non gouvernementales francophones représentant les personnes handicapées et quelques organisations non gouvernementales anglophones ont refusé l’invitation de participer au forum ou étaient incapables d’y assister, mais ceux qui y ont participé en ont unanimement fait l’éloge et ont exprimé leur satisfaction.

Nous sommes donc d’avis que le forum des parties intéressées a tenu ses promesses et atteint ses objectifs au-delà de toute espérance. L’équipe de CONNECTUS exprime ses remerciements à Mme Susan Wheeler de l’ACR, aux membres du Comité mixte des questions sociétales, aux membres du Comité de prise de contact et à toutes les personnes qui ont pris le temps de participer à cette importante activité.

 

Richard Cavanagh , directeur de projet
Lil Krstic, conseillère principale et animatrice du Forum

19 juillet 2005

CONNECTUS Consulting Inc.


Forum des parties intéressées pour examiner les questions se rapportant à la présence, la représentation et la participation des personnes handicapées dans les émissions de télévision canadiennes

Liste des participants et des observateurs

Participants – Organisations de personnes handicapées non gouvernementales

Jihan Abbas – L’Association canadienne des centres de vie autonome
Richard Lavigne – Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec
Gary Malkowski – La Société canadienne de l’ouïe
Constance McNight – Réseau national pour la santé mentale
Teresa Penafiel – Association multiethnique pour l'intégration des personnes handicapées
John Rae – Conseil des Canadiens avec déficiences
Rachael Ross – Association nationale des étudiant(e)s handicapé(e)s au niveau postsecondaire
Jim Sanders – L’Institut national canadien pour les aveugles
Rob Sleath – Advocates for Sight Impaired Consumers
Diane Sullivan – Troubles d’apprentissage-Association canadienne
Devon Wilkins – Alliance pour l’égalité des personnes canadiennes aveugles
Paul Young – Des Personnes d’Abord du Canada

Participants – Radiodiffuseurs et représentants d’industries connexes

Sarah Crawford – CHUM limitée et présidente, Comité directeur de l’ACR
Jean-Pierre Laurendeau – Canal D
Leesa Levinson – ACTRA
Don Peuramaki – Fireweed Media Productions
Terry Scott – Association canadienne des directeurs de l’information radio-télévision
Fiona Sterling – Bell Globemedia Inc.
Bonita Siegel – Corus Entertainment Inc.
Renato Zane – OMNI Television Inc.

Observateurs –Organisations de personnes handicapées non gouvernementales

Shelley Rattai – Des Personnes d’Abord du Canada
Chloe Serradori – Confédération des personnes handicapées du Québec

Observateurs – Comité directeur

Gavin Lumsden – Rogers Television
Janus Raudkivi – Journaliste
Enza Ronaldi – Comité consultatif des normes d’accessibilité du gouvernement de l’Ontario
Patrick Tanguay – Agence spatiale canadienne

Observateurs – Membres de l’ACR

Kent Brown – RTPA
Kim Carter – Alliance Atlantis
Melanie Farrell – OMNI
Mary Kramolc – CHUM limitée
Jon Medline – Global Television Network
Mark Prasuhn – VisionTV
Ruth Schreier – CORUS Entertainment Inc.

Observateurs – Autres

Marie-Claude Mentor – CRTC
Martine Vallée – CRTC
Amanda Scott –Bureau de la condition des personnes handicapées

Directeurs de projet

Richard Cavanagh, CONNECTUS Consulting
Lil Krstic, CONNECTUS Consulting
Nancy Steele, CONNECTUS Consulting
Susan Wheeler, Association canadienne des radiodiffuseurs

Interprètes de langage gestuel

Cindy Carey
Laura Henry
Leslie Roach

Interprètes français

Wendy Greene
André Moreau
Barbara Reynolds-Debruyne

CONNECTUS Consulting Inc.

Annexe D : Questions diverses

Les personnes interrogées au cours des consultations et les participants au forum des parties intéressées ont identifié un certain nombre de questions relatives à la présence, à la représentation et à l’intégration des personnes handicapées qui dépassent le cadre de la présente étude.

Aides techniques permettant aux personnes handicapées de regarder la télévision

L’équipe de recherche a recueilli un certain nombre de commentaires sur les difficultés des personnes ayant une déficience sensorielle à regarder des émissions de télévision :

La publicité

Bien que l’évaluation de la présence, la représentation et la l’intégration des personnes handicapées dans les messages publicitaires ne fasse pas partie de l’étude, plusieurs participants ont tout de même exprimé des préoccupations concernant :

La radio

Bien que la télévision reste le sujet principal de la présente étude, il faut noter les réflexions de certains participants sur l’importance de développer la recherche et des projets dans le secteur de la radio commerciale, afin d’intégrer les personnes handicapées à cette industrie. Leurs commentaires s’énoncent comme suit:

Le CRTC

La radiodiffusion publique

CONNECTUS Consulting Inc.

L’équipe de recherche

Richard Cavanagh a dirigé l’étude et rédigé le rapport final. Il possède une vaste expérience en matière de recherche et d’analyse de politiques sociales et publiques ainsi qu’en études sur les communications et les médias. Il a rédigé le rapport 2004 du groupe de travail sur la diversité culturelle à la télévision.

M. Cavanagh détient une maîtrise en sociologie de l’Université Queens et un doctorat en sciences sociales de l’Université Carleton.

Lil Krstic a agi comme conseillère principale de l’étude. Mme Krstic est une chef de file reconnue en matière de planification stratégique et de facilitation de mise en œuvre; elle a aussi agi comme principale experte de l’équipe sur les questions d’incapacités. Mme Krstic a préparé et facilité la tenue du Forum des parties intéressées de l’ACR, qui constitue un élément clé de l’étude.

Mme Krstic détient un baccalauréat en commerce de l’Université de l’Alberta.

Nancy Steele a agi à titre d’associée de projet. Avec une vaste expérience à la fois des questions entourant l’incapacité et des recherches qualitatives, Mme Steele a mené un grand nombre de consultations et dirigé la planification du forum des parties intéressées de l’ACR.

Mme Steele détient un baccalauréat de l’Université Carleton et un baccalauréat en éducation de l’Université McGill.

CONNECTUS Consulting Inc.
5261 Driscoll Drive
Manotick (Ontario)
K4M 1E9

Tél.: (613) 692-8154
Téléc.: (613) 692-3705

connectus.richard@sympatico.ca
connectus.lil@sympatico.ca

__________________________

1 À partir des chiffres de l’Enquête sur la participation et les limitations d’activités de 2001. On trouvera le rapport complet au site www.sdc.gc.ca. L’enquête doit être reprise et mise à jour lors du recensement national de 2006. 

2 Les données de cette section sont tirées du rapport exhaustif du gouvernement du Canada sur l’incapacité, « Vers l’intégration des personnes handicapées 2004 », qu’on peut consulter à l’adresse Internet suivante :
http://www.dsc.gc.ca/fr/passerelles/nav/nav_haut/programme/bcph.shtml

3 D’après le rapport cité dans la note 2 et une consultation avec le Bureau de la condition des personnes handicapées, Développement social Canada.

4 Les données de cette section se fondent sur (i) les résultats de consultations menées au cours de la présente étude, (ii) le rapport cité dans la note 2 et (iii) le Plan d’action de l’ACR pour examiner les questions se rapportant à la présence, à la représentation et au rôle des personnes handicapées dans les émissions de télévision (août 2004).

5 D’après un rapport intitulé « Frame Work: Employment in Canadian Screen-based Media, A National Profile », publié par Women in Film and Television (WIFT: 2004).

6 Le Media Access Office est décrit en détail dans l’annexe A qui traite des pratiques exemplaires. Cet office fait partie du comité du gouverneur de la Californie pour l’embauche de personnes handicapées (Governor's Committee of Employment for Persons with Disablities Inc.) et il est financé par le département d’État pour le développement de l’emploi ainsi que par une entreprise à but non lucratif, Friends of the Committee, qui se livre à des activités traditionnelles de collecte de fonds.

7 Les initiatives des radiodiffuseurs canadiens sont décrites dans leurs plans d’entreprise sur la diversité et indiquées dans leurs rapports annuels au CRTC.

8 Le Comité directeur de l’ACR est un sous-comité du Comité conjoint des questions sociétales et dirige l’étude au nom des membres de l’ACR. Le Comité de prise de contact de l’ACR est un groupe externe composé de personnes handicapées dont un grand nombre ont une expérience directe en matière de radiodiffusion et de production. Le Comité de prise de contact, mis en place avant le Forum, analysera les rapports de recherche ultérieurs et fera des commentaires et des recommandations au Comité directeur de l’ACR.

9 Le Media Access Office fait partie du California Governor’s Committee on Employment of People with Disabilities (Inc.) et est financé à la fois par le ministère du développement de l’emploi de l’État et par la société sans but lucratif Friends of the Committee, qui organise des activités traditionnelles de financement.